Homélie du P. Camilo Bernal,
Supérieur Général de la Congrégation de Jésus et Marie à l’Eucharistie de Clôture de la 65ème Assemblée Générale Ordinaire
Très chers frères,
Je vous salue tous avec un grand amour en Jésus-Christ et une immense confiance en chacun de vous et en chacun de tous les eudistes, associés et amis de notre Famille eudiste. Soyez certains que je mettrai, dans cette obédience, tout mon cœur, volonté, intelligence et esprit de service.
Mes premiers mots sont pour rappeler le P. Michel Gérard, un grand homme, une personne bonne, un être merveilleux. Dieu l’a appelé à son Royaume mais il continue ici avec nous, à nous donner du courage, à nous insuffler de la force, à nous encourager à chercher de nouveaux chemins. Je vous invite à ce que nous ayons toujours à l’égard du P. Michel une parole de gratitude.
J’espère qu’avec cette élection du Supérieur Général à laquelle vous avez procédé, il ne va pas m’arriver ce que le P. Rafael García Herreros écrivait au P. Arturo Echeverri quand celui-ci fut nommé assistant général résidant à Rome, en octobre 1966. Il disait : « Tu ne sais pas combien j’ai regretté ta nomination… cela m’a coupé les ailes, cela m’a ruiné l’espoir. Maintenant tu seras à Via dei Querceti, montant les escaliers de marbre à la terrasse, regardant les immeubles au loin, regardant le Colisée, allant de temps en temps à la Curie, c’est-à-dire devenu stupide. Alors qu’ici tu avais tout un immense champ pour créer, pour t’exprimer, pour réaliser la vie, tu es tombé dans le leurre de la Cour, c’est incroyable ». J’ai confiance que le P. Rafael García Herreros n’est pas en colère contre moi et, du ciel où j’ai la certitude qu’il se trouve, il m’accompagne, m’accorde sa force et intercède pour moi auprès du Seigneur.
Je dois confesser, devant le Seigneur et devant vous tous, mon péché et mon indignité d’assumer une responsabilité qui exige une telle sainteté. J’ai lu avec attention le numéro 128 des Constitutions qui parle des qualités du Supérieur Général. Je dois vous dire, en toute sincérité, qu’en dehors d’être prêtre et d’avoir plus de 5 ans d’ordination (à ce propos, cette année, j’ai 25 ans de sacerdoce), je possède sous une forme minime les autres qualités qui y sont énoncées. Je demande alors pardon pour ma vie, mes infidélités, mes désamours. Je me confie à votre bonté, mes frères, à votre miséricorde, à votre compréhension et à vos prières afin que le Père des miséricordes daigne avoir compassion de ce pécheur.
A tous, je vous exprime mes sincères remerciements pour penser que je puisse assumer cette obédience, à laquelle je réponds avec la crainte naturelle qu’implique une semblable responsabilité, mais aussi avec la confiance placée en Jésus à qui nous devons tout et avec la certitude que notre père et fondateur, saint Jean Eudes à qu’il me revient d’être le successeur, aura bien à me soutenir, me donner une partie de son esprit et la force de livrer ma vie à la gloire de Dieu et au service de l’Eglise.
Bien sûr, je remercie Dieu, le Dieu de la Vie, de m’avoir manifesté sa Divine Volonté que j’accepte de tout cœur. J’ai ainsi appris à vivre en confiance et je suis témoin de sa présence permanente dans tous les détails de ma vie.
Quand j’étais étudiant en ingénierie et en mathématiques, j’ai connu le Minuto de Dios. C’était l’année 1973 et j’avais 18 ans. Toutes les semaines, je prenais un bus pour aller 2 ou 3 fois par semaine au quartier du Minuto de Dios. A chaque fois que je marchais de ma maison jusqu’à l’arrêt de bus, je chantais toujours la même chanson : « sans sainteté, personne ne verra le Seigneur, mais je sais que je le verrai et son Esprit me sanctifiera ». Sans cesse, je répétais et répétais la même chanson. Je ressentais une grande émotion car pour moi, aller au Minuto de Dios était, et ça l’est encore aujourd’hui, venir à un lieu saint, choisi par Dieu. Mon cœur battait avec émotion et je promis au Seigneur d’être saint.
Avec le temps, avec mon développement personnel et les circonstances de la vie, j’ai compris que la sainteté est une chose sérieuse, c’est une grâce et ce n’est pas si évident de l’obtenir. Néanmoins, j’ai continué à lutter. J’ai connu des personnes merveilleuses qui ont guidé mon chemin, qui m’ont donné un exemple de vie, en particulier les eudistes Rafael García Herreros et Diego Jaramillo – certainement, le doyen de cette Assemblée – et qui, au milieu de mes faiblesses et péchés, m’ont toujours encouragé, en bons pères, à continuer à me donner à Jésus comme mon Seigneur et Sauveur.
Bien sûr, la réalité la plus forte dont j’ai fait l’expérience dans ma vie est la présence de l’Esprit saint. Sans aucun doute, je peux dire aujourd’hui que je Lui dois tout, que je ressens sa présence et que je veux être toujours possédé par Lui. J’ai appris à aimer Jésus, à plier ma vie et mes aspirations à son amour infini. J’ai cherché sa volonté, j’ai cherché à me détacher avec liberté. J’ai senti que ma vie, qui a été heureuse au milieu des luttes et des difficultés, a été en permanence de me déraciner de tout et de tous, de quitter le confort pour ramer dans des mers intérieures en faisant confiance à la Providence Divine.
Pourquoi je vous raconte cela ? Parce que je crois que mon histoire est comme celle de chacun d’entre vous. Chaque eudiste a sa propre histoire, chacun a son propre chemin. Et, si nous réfléchissons, c’est toujours Dieu qui nous choisit, nous cherche, nous veut pour lui. C’est Dieu qui a besoin de nous pour son Œuvre, la sienne et non pas la nôtre, l’œuvre de la Congrégation. En chacun de vous existe une histoire semblable. Je suis certain que chacune des histoires de vos vies est plus édifiante, plus belle, plus émouvante que la mienne. C’est ce que nous sommes, les eudistes : des histoires de vie bénies de Dieu et c’est ce que nous décidons de mettre en commun : les bénédictions de Dieu en chaque vie d’eudiste.
Dans les Œuvres Complètes, nous trouvons ces mots de saint Jean Eudes, connus de tous :
« Vous devez vous souvenir que la Congrégation a été établie de Dieu en son Eglise, et qu’il vous a fait la grâce de vous y appeler, pour ces trois fins :
La première, pour vous donner les moyens d’arriver à la perfection et à la sainteté conforme à l’état ecclésiastique.
La deuxième, pour travailler au salut des âmes par les missions et les autres fonctions du sacerdoce, qui est l’œuvre des Apôtres, l’œuvre de Notre-Seigneur, qui est si grand et si divin qu’il semble qu’il ne peut y en avoir de plus grand ni de plus divin, divinorum divinissimum.
Néanmoins, il y en a un qui le supasse : c’est celui de travailler au salut et à la sanctification des ecclésiastiques, ce qui est sauver les sauveurs, diriger les directeurs, enseigner les docteurs, paître les pasteurs, éclairer ceux qui sont la lumière du monde, sanctifier ceux qui sont la sanctification de l’Eglise… Voilà la troisième fin pour laquelle Dieu a voulu établir notre petite Congrégation dans l’Eglise, et pour laquelle il nous y appelés par une miséricorde incompréhensible et dont nous sommes infiniment indignes. » (O.C. X, p. 417)
Je suis certain que tous, nous avons lu plusieurs fois ces lignes qui servent d’introduction au chapitre II de nos Constitutions. Elles sont claires, limpides et radicales. Tous, nous avons l’habitude d’insister sur les deux tâches fondamentales qu’a notre Congrégation : « collaborer à l’œuvre de l’évangélisation et à la formation de bons ouvriers de l’Evangile » (Cst. 10). De celles-ci, nous parlons, nous pensons et proposons diverses actions.
Néanmoins, pour saint Jean Eudes, la Congrégation a trois fins et la première d’entre elles exprime que la Congrégation doit l’offrir à chaque eudiste : « les moyens d’arriver à la perfection et à la sainteté conforme à l’état ecclésiastique ». Je vous prie de m’excuser de répéter : la Congrégation a le devoir fondamental d’aider chaque eudiste à atteindre la perfection et la sainteté.
Permettez-moi de vous partager quelque chose qui m’est venu à l’esprit ces jours-ci : le véritable défi que nous avons, eudistes, de toutes les Provinces, dans tout le monde, c’est de faire de notre Congrégation une véritable « Ecole de sainteté ». De là, surgiront les « chemins nouveaux », la véritable innovation que nous recherchons ! A ce propos, Steve Jobs, qui vient de mourir, a défini le mot « innovation » comme « l’art de donner aux personnes ce qu’elles veulent avant qu’elles ne sachent ce qu’elles veulent ». Nous pourrions appliquer cette définition à notre mission : offrir Jésus avant que les gens ne sachent que ce qu’ils veulent c’est Jésus !
Nous sommes en train de vivre les jours de Noël au cours desquels nous nous rappelons la sainte Famille, Jésus, Marie et Joseph. Jean Eudes a cherché à ce que chaque maison de la Congrégation, chaque communauté locale soit une image vivante de la sainte Famille. Il a cherché à ce que toutes les vertus qui règnent dans la sainte Famille au plus haut degré soient pratiquées dans chaque communauté. Et qu’ainsi chaque communauté « soit une école de vertu et de sainteté pour tous ceux qui y viendront, et que chaque ecclésiastique de la Congrégation soit véritablement le sel de la terre, la lumière du monde, la bonne odeur de Jésus-Christ en tout lieu, un ange visible et un vaisseau d’honneur et de sanctification, utile au Seigneur et préparé à toutes sortes de bonnes œuvres ». (O.C. IX, p. 174).
Ces paroles nous font penser à l’impossibilité de réaliser les exercices des missions ou les exercices des séminaires avec succès, si nous ne travaillons pas résolument à la recherche de la sainteté de chaque eudiste par le moyen du développement des vertus chrétiennes.
Jean Eudes a bien vite compris ce que signifie être saint et a recherché la sainteté de tout son cœur. Il fut un homme sincère, authentique, audacieux, d’un esprit héroïque. Quand il a publié Vie et Royaume de Jésus dans les âmes chrétiennes, les concepts étaient clairs pour lui, et en proposant aux fidèles un chemin pour former Jésus dans le cœur de chaque personne, il est certain que lui-même le pratiquait et a continué de le pratiquer tout au long de sa vie. Ce qui est fondamental dans la pensée de Jean Eudes se trouve dans Vie et Royaume ; il a 36 ans. Quand il fonde la Congrégation à 41 ans, c’est-à-dire 5 ans après avoir écrit Vie et Royaume, il ne faut pas s’attendre à ce qu’il ait encore de grandes innovations à introduire.
Nous savons tous que Jean Eudes a attendu plusieurs années avant de doter la Congrégation d’une législation écrite. Néanmoins, vers 1648, il rédige l’opuscule que nous connaissons comme les Règles latines : la Règle du Seigneur Jésus et la Règle de la Très sainte Vierge Marie. Il est important de noter que ces règles, composées de textes de l’Ecriture tricotés de manière à argumenter certaines idées, correspondent au fond à sa pensée de Vie et Royaume.
Dans Vie et Royaume, Jean Eudes s’interroge : comment faire vivre et régner Jésus en nous ? Pour cela, il pose 4 fondements à la vie chrétienne : la foi, la haine du péché, le dégagement du monde et l’oraison. Il dit qu’une fois que ces fondements de la vie chrétienne sont établis dans la vie du chrétien, celui-ci doit travailler la question des vertus chrétiennes. Cela revient à dire que la formation de Jésus-Christ dans le cœur du croyant exige la fondation de sa vie et la pratique des vertus.
Pour les ecclésiastiques qui viennent à la Congrégation, c’est le même chemin. Premièrement, il propose 4 fondements à la Congrégation : la grâce divine, la croix du Seigneur, la Volonté divine, et une dévotion particulière à Jésus et Marie. Et, ensuite, dans la Règle du Seigneur Jésus, il nous rappelle que nous sommes obligés de renoncer à Satan, à ses œuvres et séductions, et d’adhérer au Christ, nous revêtir de son image, demeurer en Lui, vivre pour le Christ, avec Lui, et en Lui, et nous laisser conduire par son Esprit. La Règle de la Vierge Marie a pour objet que tous les fils de cette Congrégation, nous soyons initiés aux vertus chrétiennes et sacerdotales, sujet qui est tout à fait d’actualité aujourd’hui.
La logique est semblable : fondements de la vie chrétienne, fondements de la vie sacerdotale ; renoncer au mal sous toutes ses formes et adhérer à l’unique bien, Jésus-Christ, afin de recevoir le don de l’Esprit saint. C’est une logique simple, radicale, et au passage, il est nécessaire de dire très actuelle car c’est la même logique qu’ont proposée les Evêques d’Amérique latine, réunis à Aparecida (Brésil) en mai 2007, au chapitre IV, dans lequel ils expliquent la vocation des disciples missionnaires à la sainteté.
En lisant les Règles latines et le Directoire spirituel, il me semble y trouver un thème très important pour saint Jean Eudes, un thème que, peut-être, nous avons négligé et qui pourrait être clé pour le futur de la Congrégation au XXIème siècle. A mon avis, nous ne devons pas attendre de nouvelles formules : ce qui est véritablement innovateur, les « chemins nouveaux », sont dans la tête et le cœur de chaque eudiste. Nous avons le défi de repenser et recréer la Congrégation pour le XXIèmesiècle. Cela implique de voir avec grand soin ce qui se passe autour de nous et de revenir à l’esprit de Jean Eudes avec la même ardeur, la même passion et la même audace que celles qu’il vécut au XVIIème siècle.
Si nous sommes sincères et humbles, sans nul doute, le plus grand défi que nous avons est de faire de la Congrégation une Ecole de sainteté à travers la pratique des vertus. Si nous atteignons cette objectif, je suis certain que tout le reste viendra : arriveront de nouveaux candidats en probation, viendront de nouvelles œuvres qui nous permettront d’accomplir la mission, surgiront de nouveaux eudistes qui voudront dépenser leur vie pour le Royaume, nous résoudrons les affaires économiques, etc. Et pour moi, la clé consiste à revaloriser les vertus chrétiennes et sacerdotales, à revenir, pour chacun de nous et pour toute la Congrégation, au sens des vertus. Il est sûr qu’ainsi nous mettrons en place des projets qui nous rendront dignes et nous dépasseront.
Saint Jean Eudes a voulu que ses fils aient une vie semblable à celle de Jésus et Marie, une vie qu’il décrit comme une vie crucifiée, dépouillée de toutes les choses terrestres jusqu’à la mortification des sens et des passions ; une vie intérieure et sainte, unie à Dieu par l’exercice continu de l’adoration, de la louange et de l’amour, élevant régulièrement nos cœurs vers le Seigneur ; une vie de labeur, une vie de travail fuyant l’oisiveté et s’occupant toujours de quelque exercice qui soit utile pour nous et pour le prochain ; une vie commune, exemplaire et édifiante par la pratique de la modestie, de l’humilité ; une vie assujettie et réglée parce que Jésus était assujetti à Marie et Marie à Joseph, ainsi nous devons être assujettis les uns aux autres.
Saint Jean Eudes a décrit avec précision l’esprit de cette Congrégation et dit que celui qui n’aurait pas cet esprit ou au moins ne le désirerait pas, ne devait pas être compté au nombre de ses véritables fils. Il a dit que nous devrions renoncer totalement à l’esprit de ce monde et nous donner entièrement à l’Esprit de Jésus. Jean Eudes a voulu que chacun de ses fils atteigne la sainteté et que la Congrégation soit une Ecole de sainteté.
Pour cela, nous devons développer en particulier les vertus chrétiennes suivantes : la vertu de religion, la charité, la gratitude, le zèle pour le salut des âmes, l’humilité, l’obéissance, l’amour de la pauvreté, la chasteté, la sobriété et la mortification, la modestie, la simplicité, la vérité et la fidélité, le silence… Et s’il avait eu davantage de temps, il aurait exigé de nous encore plus, en allongeant la liste des vertus !
Mais de quoi s’agit-il au fond quand on propose le chemin des vertus ? Notre Père Eudes a cherché, sans aucun doute, à ce qu’à travers des exercices concrets, ses fils soient véritablement vertueux. Comme dit saint Paul : « Tout ce qui est vrai, tout ce qui est noble, tout ce qui est juste, tout ce qui est pur, tout ce qui est aimable, tout ce qui est digne d’être honoré, ce qui s’appelle vertu, ce qui mérite l’éloge, tout cela, que ce soit pour vous ce qui compte » (Ph 4, 8).
Selon le Catéchisme de l’Eglise Catholique, « la vertu est une disposition habituelle et ferme à faire le bien. Elle permet à la personne, non seulement d’accomplir des actes bons, mais de donner le meilleur d’elle-même (…) la personne vertueuse tend vers le bien ; elle le poursuit et le choisit en des actions concrètes » (1803). J’ai l’entière conviction que c’est une réunion de vertueux. Pour cela même, ma proposition fondamentale tend à chercher, pour chacun et pour tous, le chemin de la vertu, à donner le meilleur de nous-mêmes et à rechercher le bien comme notre unique trésor !
Je crois que nos défis ne tendent pas seulement à vaincre les problèmes que nous avons : diminution des effectifs, augmentation de l’âge moyen, communautés faibles, finances en crise, marginalisation de beaucoup, sorties d’autres,… tout cela sera dépassé dans la mesure où nous retrouverons, pour nous-mêmes et pour l’Eglise, la Congrégation de Jésus et Marie comme une Ecole de sainteté où chaque eudiste est un véritable maître spirituel. Le monde moderne a soif de vrais maîtres spirituels ; il est capable de les reconnaître et d’aller jusqu’où ils se trouvent.
Je vous propose que nous reprenions, résolument, le chemin des vertus car la sainteté attire, elle est contagieuse et rend heureuse. Le reste nous sera donné par surcroit. Il s’agit simplement de penser que nous pouvons être meilleurs, que nous pouvons donner le meilleur de nous-mêmes, que nous pouvons restaurer la Congrégation en partant du perfectionnement de chaque eudiste. Cela s’obtient par le développement des vertus que Jean Eudes nous a proposées et qui sont un don de l’Esprit saint.
Bien entendu, ce n’est pas un effort purement humain. Il s’agit de se livrer totalement à Jésus, en élevant notre cœur vers lui et en lui disant :
« Oh, Jésus, je renonce résolument à moi-même, à mon propre esprit, à ma propre volonté et à mon amour propre ; et je me donne entièrement à toi, à ton saint Esprit et à ton divin amour ; fais-moi sortir de moi-même et guide-moi selon ta sainte Volonté » (O.E., p. 150).
Il s’agit de nous donner entièrement, de nous laisser emplir de l’Esprit saint et de demander avec les mots de Jean Eudes dans Vie et Royaume : « Baptise-moi Seigneur de ce baptême d’Esprit saint et de feu dont a parlé ton Précurseur, détruis en moi le péché et ouvre-moi aux flammes de ton amour ».
Si nous luttons pour rechercher la sainteté, en suivant le chemin des vertus non pas comme une proposition théorique mais comme une option de vie, nous ferons de la Congrégation une Ecole de sainteté qui accomplit vraiment sa mission à l’intérieur de l’Eglise et pour le monde contemporain. Viendront beaucoup de jeunes qui aiment Jésus-Christ et dont les cœurs seront resplendissants du feu de l’Esprit ; nous aurons une Congrégation missionnaire, ardente, capable d’assumer les défis de la nouvelle évangélisation, avec des disciples missionnaires qui proclament la bonne nouvelle de Jésus-Christ ; nous serons audacieux et novateurs pour ouvrir de nouveaux chemins afin de former des prêtres et des pasteurs selon le Cœur de Jésus ; nous travaillerons la main dans la main avec des laïcs et des associés qui veulent faire partie de cette Ecole de sainteté ; la Providence divine nous enverra des ressources pour financer nos œuvres parce que ce sont les Œuvres de Dieu ; enfin, je vous invite à exercer le droit à la sainteté comme le droit fondamental de la cette Congrégation, comme le Don que Dieu que veut nous offrir au terme de cette Assemblée.
Le Pape Benoit XVI nous a convoqué, dans sa Lettre apostolique Porta fidei, à l’Année de la foi, une des trois vertus théologales. Elle commencera le 11 octobre 2012, au cinquantième anniversaire de l’ouverture du Concile Vatican II, et se terminera en la solennité du Christ Roi de l’Univers, le 24 novembre 2013. Je vous propose à tous que nous vivions intensément cette Année de la foi parce que croire crée de nouvelles réalités.
D’un autre côté, nous devons nous rappeler qu’en 2043, notre Congrégation célébrera ses 400 ans de fondation et en 2018 nous célèbrerons les 375 ans de vie de la CJM ! Nous sommes à 30 ans des 400 ans de la Congrégation ! Nous avons à peine le temps de renouveler l’esprit de notre Congrégation bien-aimée pour que celle-ci continue à être « lumière qui brûle et qui brille, qui brûle de l’amour de Dieu et qui brille devant l’humanité par ses bonnes œuvres ».
J’ai proposé que nous réalisions en 2013 un Congrès International Eudiste qui nous permette de dialoguer et de réfléchir sur ce que nous sommes et faisons, et en conclusion de ce Congrès, si c’est possible et si le Conseil général le juge bon, je propose que se réunisse dans la foulée une Assemblée Générale extraordinaire qui structure pour la Congrégation le plan de navigation pour les 30 prochaines années et qui nous permette de créer de nouvelles réalités ainsi que d’ouvrir avec audace de nouveaux chemins de sainteté, de mission, de formation et de miséricorde pour l’Eglise et pour le monde futur.
Pour conclure, donnons-nous entièrement à la Mère de Dieu, la très sainte Vierge Marie, pleine de grâce parce qu’en elle resplendissent les vertus. Qu’elle nous serve à tous d’exemple par le oui éclatant et définitif qu’a proclamé son âme. Ainsi, elle s’est inscrite à l’unique Ecole de sainteté qui existe, celle qui a pour maître intérieur l’Esprit saint qui nous rend vertueux.
Jean Eudes, en s’inspirant des 10 salutations de sainte Mechtilde pour honorer le Cœur de Marie, a composé l’Ave cor sanctissimum qui contient toutes les vertus que Jean Eudes a proposées aux fils de cette Congrégation.
« Nous te saluons, Cœur très saint… Cœur très doux, Cœur très humble, Cœur très pur, Cœur très fervent, Cœur très sage, Cœur très patient, Cœur très obéissant, Cœur très vigilant, Cœur très fidèle, Cœur bienheureux, Cœur plein de miséricorde, Cœur très aimant de Jésus et de Marie ».
Jean Eudes qualifie de 13 vertus le saint Cœur de Jésus et Marie, exactement les mêmes que celles qu’il a cherchées pour les fils de la Congrégation. En réalité, nous pouvons dire que le cœur de chaque eudiste est saint quand il parvient à être imprégné de douceur, humilité, pureté, ferveur, sagesse, patience, obéissance, sollicitude, fidélité, félicité, miséricorde, en somme, quand nous parvenons à ce que notre cœur aime comme le Cœur de Jésus et Marie aime. Ce chemin est-il une utopie ? Je crois qu’il ne l’est pas. Mettons-nous avec confiance en chemin et soyons emplis de confiance et d’espérance.
Si c’était uniquement par nos efforts humains, je crois que nous serions perdus. Dansl’Ave cor, Jean Eudes nous propose le reste du chemin :
« Nous t’adorons, nous te louons, nous te glorifions, nous te rendons grâce.
Nous t’aimons de tout notre cœur, de toute notre âme, de toutes nos forces.
Nous t’offrons notre cœur, nous te le donnons, te le consacrons, te le sacrifions.
Accepte-le, possède-le tout entier, purifie-le, éclaire-le, sanctifie-le
Pour qu’en lui, tu vives et règnes, maintenant et toujours, et pour les siècles des siècles.
Amen »
C’est ainsi qu’est la route : adorer, aimer, donner, sacrifier. Ainsi, nous serons acceptés, purifiés, éclairés et alors Jésus vivra et régnera dans le cœur de chaque eudiste.
Comme je l’ai dit au début, je ne propose rien d’innovant. Simplement, revenir à l’essentiel, à ce qui est définitif. Si nous sommes fidèles à la route proposée par Jean Eudes, nous recevrons la totale bénédiction de nos Fondateurs, Supérieurs et Pères de la Congrégation, le Seigneur Jésus et sa Mère Marie.
Que le Cœur de Jésus et Marie nous enseigne à proclamer, pour nous-mêmes et pour le monde, l’Ave Cor qui contient et recrée l’esprit vertueux que Jean Eudes a rêvé pour cette Congrégation.
Camilo Bernal Hadad
Supérieur Général
Fusagasuga, 6 janvier 2012