LES EUDISTES
C.J.M.

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QUI EST JEAN EUDES ?

Son époque et son pays

Église de Ri où le petit 
Jean Eudes a été baptisé
.

Jean Eudes est né à Ri, en Normandie, le 14 novembre 1601, qui est aussi l'année de la naissance de Louis XIII.

Le siècle précédent s'était éteint dans une morne tristesse. Les conflits de toutes sortes et surtout les guerres de religion à l'intérieur de la France avaient exacerbé l'intolérance, engendré la misère et ouvert la porte à de nombreux excès.

L'Église de France ne se comportait guère mieux que le Royaume lui-même.

Mais, peu à peu, un réveil merveilleux se manifesta dans une renaissance spirituelle dont les fruits nous sont parvenus et qui suscite chez nous une effervescence remarquable.

C'est vers le milieu du XVIIe siècle que se place l'apogée de la renaissance catholique en France.

Deux auteurs français contribuèrent principalement à nourrir la piété des catholiques à cette époque: le saint évêque François de Sales (1567-1622) et le Cardinal Pierre de Bérulle (1575-1629). Le premier, dans son INTRODUCTION À LA VIE DÉVOTE (1608), ouvrait aux laïcs les voies de la perfection spirituelle qui paraissait jusque là ne convenir qu'aux religieux et religieuses séparés du monde. L'influence de Pierre de Bérulle s'exerça peut-être moins par son oeuvre écrite, rendue difficile d'accès par la sublimité de son mysticisme, que par son influence exercée sur toute une génération de prêtres et de religieux. (1)

A ces grands noms, il faut ajouter saint Vincent de Paul, monsieur Olier, saint Jean Eudes, le bienheureux François de Laval, la bienheureuse Marie de l'Incarnation et combien d'autres!

On vit naître alors des sociétés de prêtres séculiers: les Oratoriens, les Sulpiciens, les Lazaristes et les Eudistes.

Les laïcs n'étaient pas absents de ce grand renouveau.

Jamais, on ne vit une plus grande proportion d'hommes et de femmes dans les classes supérieures s'intéresser à la théologie, s'adonner aux pratiques de piété, aux oeuvres de charité. (1)

L'aspect social et charitable d'un tel éveil religieux s'incarne concrètement chez les Filles de la Charité fondées par Vincent de Paul, pour assister les malades et les pauvres, et chez les Soeurs de Notre Dame-de-Charité fondées par Jean Eudes et vouées à l'accueil des filles réduites à vivre une vie de débauche.

Jean Eudes au secours des pestiférés 
(Caen 1631)

Le jansénisme

«L'effort de rénovation porta même certains à des extrêmes qui introduisirent au sein du catholicisme un ferment de discorde.

Cette dissidence «janséniste» doit son nom à un évêque d'Ypres (Belgique), appelé Jansen ou Jansenius.

«Dans un livre intitulé, l'AUGUSTINUS, il donnait de la doctrine de saint Augustin sur l'influence de la grâce divine et la liberté humaine une interprétation se rapprochant de la théorie de Calvin sur la prédestination. Le propagateur du jansénisme en France fut Jean Duvergier de Hauranne, abbé de Saint-Cyran, un disciple de Bérulle; à ses dirigés, il imposait une morale d'une extrême sévérité, repoussant toute compromission avec les sollicitations de la vie mondaine, mettant à la réception des sacrements des conditions presque inhumaines.

«Le jansénisme devait exercer une profonde influence sur le catholicisme français du XVIIe siècle, auquel il conféra un caractère de gravité, de tension, de rigorisme moral, en contraste avec le catholicisme plus décontracté d'Italie, d'Allemagne et des États autrichiens». (1)

Jean Eudes eut souvent maille à partir avec les jansénistes auxquels il s'opposait de toutes ses forces. La dévotion au Coeur de Jésus, dont il se fit l'apôtre, et surtout la dévotion au Coeur de Marie rencontrèrent une vive opposition chez les partisans de Jansen. Plusieurs de ces inimitiés survécurent longtemps après la mort du Saint.

Et pourtant, le style et certains aspects de l'ascèse de Jean Eudes n'échappent pas à l'austérité et à la tension jansénistes. Toujours, il en corrige le côté apparemment excessif en faisant appel à la miséricorde et en ouvrant les coeurs aux attraits de l'amour.

Les débuts de l'Église canadienne furent parfois teintés de style janséniste. On a d'ailleurs extrapolé sur ces faits en voulant faire croire que le catholicisme de l'Église canadienne est issu de sources douteuses. Dans les faits, les grands noms de cette Église sont ceux de grands hérauts de l'amour et de la miséricorde. Ce qui n'a pas empêché la pastorale populaire d'avoir parfois indûment recours à la peur et à l'exagération verbale.

Le renouveau issu de Vatican II et les facilités de communications ont permis à Église de combler les lacunes et de corriger les excès sans pour autant négliger les trésors de doctrine et de piété légués par nos pères dans la foi.

En outre, il serait intéressant de découvrir dans quelle mesure le puritanisme d'outre-frontière a pu influencer certains mouvements à saveur rigoriste qui ont eu cours chez nous.

L'Église canadienne a puisé dans les oeuvres illustres issues des grands courants spirituels du XVIIe siècle. Elle a été bâtie grâce au zèle fervent et à la sainteté héroïque de ses nombreux pionniers appartenant à la race des grands mystiques de l'École française de spiritualité. Notre contact avec saint Jean Eudes prend ici la forme d'un retour aux sources.


NOTES:

1- De BERTHIER, Histoire de France, Flammarion, 1977
 
PLAN DE L'EXPOSÉ

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