NOTRE HISTOIRE - Second volet

par Jacques Custeau, c.j.m. et André Samson, c.j.m.

LA PROVINCE EUDISTE D'AMÉRIQUE DU NORD

Sommaire:

La province d'Amérique du Nord (1890-1990)

Nous présentons maintenant quelques grands jalons, couvrant la période 1890-1990, de notre histoire nord-américaine.

Ses débuts dans les provinces maritimes

(1890-1903)

L'archevêque d'Halifax, Mgr Cornelius O'Brien, souhaitant établir dans la région de la Baie Sainte-Marie une institution d'enseignement supérieur pour les jeunes gens se mit à la recherche d'une communauté religieuse qui en prendrait la direction. Par l'intermédiaire du Sulpicien Hyacinthe Rouxel il entra en relations épistolaires avec le père Ange Le Doré; alors le conseil général accepta cette fondation en 1890. En septembre de cette même année, les pères Gustave Blanche et Aimé Morin arrivèrent à la Baie Sainte-Marie en Nouvelle-Écosse; ils fondèrent le Collège Ste-Anne et assumèrent la direction des paroisses Ste-Marie à Pointe-de-l'Eglise et Sacré-Coeur à Saulnierville. Au Collège Ste-Anne se greffa en 1894 le Juvénat des Pères Eudistes.

En 1893, Mgr O'Brien fit aussi appel au services des Eudistes pour la fondation à Halifax d'un séminaire interdiocésain, le "Holy Heart Seminary", qui ouvrit ses portes en 1895 pour accueillir les séminaristes diocésains des Provinces Maritimes de même que les aspirants eudistes. Ces derniers y reçurent leur formation jusque vers 1906.

A la demande de Mgr Théophile Allard, curé de Saint-Pierre de Caraquet, au Nouveau-Brunswick, les Eudistes acceptent en 1898 d'assumer la direction d'une seconde maison d'éducation: le Collège Sacré-Coeur de Caraquet que ce prélat venait de fonder pour les jeunes gens de la péninsule acadienne.

L'épopée de la Côte-Nord

(1903-1940)

La Côte-Nord du fleuve Saint-Laurent est l'une des plus vieilles terres du monde; son territoire, parsemé de forêts et de rivières tumultueuses, s'étend à perte de vue. Les populations amérindiennes côtoient les populations blanches dans les villages répartis sur plus de 1,000 kilomètres de côtes. En 1903, une cinquantaine d'Eudistes prêtres et de séminaristes, chassés de France, arrivent au Canada. Les séminaristes vont poursuivre leurs études à "Holy Heart Seminary" alors que dix des prêtres émigrés reçoivent l'obédience de s'établir dans les missions de la Côte-Nord du Québec. En août de la même année, quatre autres Eudistes, précédemment arrivés, se joignent à ce contingent; les 14 missionnaires s'embarquent donc sur un navire et gagnent, par groupes de deux, leurs postes respectifs. C'est le début de l'épopée eudiste sur la Côte-Nord.

L'internaute trouvera, dans la présentation de l'état général des fonds d'archives eudistes, des notes d'histoire sur le Vicariat apostolique du Golfe St-Laurent ainsi que sur les paroisses et missions suivantes: Anticosti, Baie-Comeau, Baie-Rouge, Betsiamits, Clark City, Fermont, Forestville, Gagnon, Godbout, Havre St-Pierre, Labrieville, Longue-Pointe-de-Mingan, Magpie, Manicouagan, Natashquan, Pointe-aux-Outardes, Port-Cartier, Rivière-Pentecôte, Rivière au Tonnerre, Rivière St-Jean, Ruisseau Vert, Sept-Iles, Shelter Bay, Ste-Thérèse de Colombier.

L'expansion de la Congrégation aux Maritimes

(1903-1940)

Au cours de cette période les eudistes oeuvrèrent principalement dans les domaines de l'éducation, de la prédication et du ministère paroissial.

Le Collège Ste-Anne, le Collège Sacré-Coeur de Caraquet et le Collège Sacré-Coeur de Bathurst, qui ouvrit définitivement ses portes en 1921, firent connaître les Eudistes comme éducateurs. Les cours classique et commercial ainsi que les nombreuses activités religieuses, socio-culturelles et sportives, que ces institutions dispensaient formèrent des générations de professionnels. De nombreux prêtres, francophones et anglophones, poursuivirent leurs études théologiques et pastorales au "Holy Heart Seminary"; plusieurs d'entre eux était des anciens du Juvénat St-Jean-Eudes de Bathurst.

En 1902, les Eudistes établirent à Rogersville, localité sise non loin de la ville de Chatham, Nouveau Brunswick, la maison de missionnaires Saint-Jean-l'Evangéliste; les 17 pères qui y séjournèrent entre 1902 et 1914 prêchèrent de nombreuses missions. En août 1903, le père Aimé Morin et deux de ses confrères, chargés par l'Evêque de Chatham d'établir trois postes missionnaires au Madawaska, arrivèrent dans la réserve des Amérindiens Malécites, située sur la rivière Tobique. Cette oeuvre permit à cinq pères de prêcher des missions dans les paroisses du Madawaska et du Maine entre 1903 et 1906.

Le travail paroissial occupa également plusieurs pères. En 1902, l'Archevêque d'Halifax  confia aux Eudistes la paroisse Notre-Dame-du-Mont-Carmel de Concessions. Mgr Théophile Allard choisit ces derniers pour lui succéder comme curés de la paroisse St-Pierre de Caraquet et de ses dessertes: St-Paul, St-Simon, Maisonnette et Bertrand. Ils y ont exercé leur ministère de 1912, année de la mort de Mgr Allard, à 1941.

Notre expansion dans la Province de Québec

(1903-1940)

L'engagement des Pères eudistes en paroisses et dans les aumôneries caractérise cette période. Les évêques du Québec nous confièrent en effet la direction de quelques communautés chrétiennes et de plusieurs aumôneries de religieuses.

L'évêque de Rimouski, Mgr André-Albert Blais, qui avait connu les Eudistes par l'intermédiaire de Mgr Gustave Blanche, en 1902, fit appel à cinq Pères comme professeurs à ses Séminaires, grand et petit (1902-1910), et à dix autres comme aumôniers chez les Soeurs de la Charité (1903-1911 et 1918-1921) ainsi que chez les Ursulines (1906-1913). Mgr Blais confia aussi aux Eudistes la charge de deux paroisses: en 1903 Ste-Anne de la Pointe-au-Père, important centre de pélerinage diocésain, et, en 1917, St-Coeur-de-Marie de Chandler.

Les Eudistes sont présents au diocèse de Chicoutimi depuis 1903. En septembre ils arrivèrent dans la paroisse Sacré-Coeur, sise dans le quartier ouest de la ville appelé "le Bassin". Quatre Pères enseignèrent au Séminaire diocésain de Chicoutimi (1903-1911) et trois autres furent aumôniers chez les Soeurs du Saint-Sacrement et chez les Soeurs du Bon-Conseil de 1905 à 1933.

L'établissement des Eudistes dans le diocèse de Québec remonte à 1911 avec l'ouverture, à Lévis, par le père Pierre-Marie Dagnaud, d'une résidence de missionnaires, la Maison St-Gabriel. La fermeture de cette maison en 1918 n'entraîna pas le départ des Eudistes du diocèse, car cette même année le Cardinal Louis-Nazaire Bégin, archevêque de Québec, proposait au père Dagnaud de fonder la nouvelle paroisse St-Coeur-de-Marie, sise sur la Grande-Allée, à Québec. En septembre 1923, le Séminaire Sacré-Coeur à Charlesbourg accueillait les novices et les séminaristes eudistes qui venaient de quitter la Maison du Bienheureux-Jean-Eudes à Bathurst. En 1936, le conseil provincial répondit favorablement à la demande du Cardinal Jean-Marie Rodrigue Villeneuve qui souhaitait l'établissement d'un Collège classique dans le quartier ouvrier de Limoilou, à Québec. En septembre 1937, l'Externat classique St-Jean-Eudes ouvrait ses portes. A cette institution se greffa le Juvénat St-Coeur-de-Marie en 1939.

A compter de 1911, les missionnaires de la Maison St-Gabriel prèchèrent des retraites aux Soeurs du Bon-Pasteur de Montréal et de Laval; elles demandèrent par la suite à l'Archevêque de Montréal, Mgr Paul Bruchési, la permission d'obtenir les services de nos confrères comme aumôniers. A l'automne 1913, trois Eudistes arrivaient dans le diocèse; trois ans plus tard nous étions présents dans cinq aumôneries de religieuses. En 1913 également Mgr Bruchési offrit à la Congrégation la nouvelle paroisse Bon-Pasteur de Laval, érigée canoniquement deux ans plus tard. En 1917 nous prenions la charge de cette communauté chrétienne. La Maison St-Jean-Eudes de Laval, maison d'accueil et résidence de missionnaires et de confrères à la retraite, ouvrit ses portes en janvier 1929.

Présence des Eudistes dans une Église influente

(1940-1960)

Les quelque 190 communautés religieuses que comptait le Canada en 1946 exerçaient une influence considérable dans les maisons d'éducation et dans les oeuvres sociales qu'elles dirigeaient. L'Eglise catholique omniprésente - principalement au Québec - accompagnait ses fidèles du berceau à la tombe. Cette période fut très favorable au recrutement de vocations: en 1940 la Province nord-américaine comptait 140 membres; en 1960 nous étions 205. Pour assurer la formation de ses candidats, les Eudistes possédaient deux grands séminaires: le Séminaire Sacré-Coeur à Charlesbourg et Willowbrook Seminary à Hyattsville, près de Washington, qui ouvrit ses portes en 1947 en vue du recrutement de candidats américains. En 1959, 63 candidats se retrouvaient au Séminaire Sacré-Coeur.

L'oeuvre des Collèges occupait la majorité des membres de notre société qui y voyaient un champ d'apostolat de premier ordre: en 1960 près de la moitié de nos effectifs travaillaient dans nos maisons d'enseignement ou poursuivaient des études supérieures en vue d'y enseigner. Quatre fondations nouvelles marquèrent cette période: le Collège St-Louis d'Edmundston (1946), le Collège St-Pierre de Lavernière, Iles de la Madeleine (1948), le Collège des Eudistes de Montréal (1953) et Cardinal Dougherty High School de Buffalo (1957). Le Collège St-Pierre, institution non viable, ferma ses portes après deux ans.

Arrivées et départs dans les milieux paroissiaux caractérisent aussi cette période de l'histoire des Eudistes. La fondation du nouveau diocèse du Golfe St-Laurent en 1945 amena leur départ de quelques postes de la Côte-Nord, entre autres Betsiamites, Sept-Iles, Shelter Bay et Natashquan. Ils ont également quitté la paroisse St-Coeur-de-Marie de Chandler en 1948 pour fonder le Collège St-Pierre. Par contre ils acceptaient deux paroisses: Ste-Famille de Bathurst en 1941 et St-Pierre de Chéticamp en 1953.

La présence des Canadiens en Amérique du Sud s'intensifia à compter de 1950. En effet, les autorités Eudistes décidèrent de regrouper au Venezuela tous les pères qui travaillaient déjà en Colombie et au Chili. En 1954, douze d'entre eux, répartis dans quatre séminaires et un juvénat, étaient à l'oeuvre au Venezuela.

Période de mutations et d'adaptation à une société nouvelle

(1960-1990)

La Congrégation dut, elle aussi, s'adapter aux profonds changements sociaux et religieux qui transformèrent le monde à compter des années 1960. Le Concile Vatican II, la "Révolution tranquille" au Québec et une importante assemblée générale d'"aggiornamento" de 1969 tracèrent des lignes d'action nouvelles et inédites: il lui fallut, entre autres, repenser les méthodes de formation de ses candidats, quitter ses collèges, rechercher d'autres champs d'apostolat et trouver une nouvelle manière de vivre en communauté.

En septembre 1961, le nouveau Séminaire St-Jean-Eudes de Pointe-Gatineau recevait 29 séminaristes. En 1966, il en logeait 39; en 1969, il n'en restait qu'une quinzaine et il dut fermer; le noviciat eudiste avait cessé ses activités l'année prédécente. La maison de discernement vocationnel Paul-VI de Bathurst (qui avait pris la relève du Juvénat St-Jean-Eudes en 1967) subit un sort semblable en 1973. Ces événements illustrent bien que la méthode traditionnelle de formation des futurs eudistes avait fait son temps et qu'il fallait découvrir de nouvelles avenues. En 1972, les autorités décidèrent de confier nos candidats à une "équipe de formation" qui les accompagnerait désormais dans leur cheminement spirituel, humain et intellectuel vers l'incorporation et le sacerdoce et verrait à leur insertion progressive dans une communauté eudiste.

Aux Provinces Maritimes et au Québec les commissions d'enquête sur les programmes d'étude et le financement des institutions d'enseignement supérieur se multiplient. Suite à leurs recommandations et à celles de l'assemblée provinciale eudiste de 1968, la Congrégation se départi progressivement de la propriété et de la direction de ses collèges: elle vend l'Externat Classique St-Jean-Eudes à la corporation du Cégep de Limoilou en juillet 1968; le Collège des Eudistes de Montréal devient une institution d'enseignement secondaire privé (1968); elle remet à des corporations civiles la propriété et la direction des Collège Ste-Anne (1971), Sacré-Coeur (1972) et Saint-Louis (1974). Aux Etats-Unis les Eudistes quittent Cardinal Dougherty High School en juin 1979. La diminution des effectifs, l'augmentation considérable du personnel laïque, des frais de gestion élevés, le nombre et la variété des nouveaux programmes offerts à une clientèle étudiante diversifiée ne permettaient plus à la communauté Eudiste de conserver ces institutions. Plusieurs Pères poursuivirent toutefois, à titre personnel, leurs engagements dans le milieu de l'éducation.

Les Constitutions "ad experimentum" de 1970 et celles publiées en 1984 présentèrent une conception de la vie commune fort différente de celle qui prévalait jusqu'alors. Les "Constitutions" publiées en 1928 avaient remplacé celles de 1899: les éléments jugés désuets étaient disparus et la présentation avait été simplifiée. L'esprit demeurait toutefois à peu près le même: l'Eudiste, membre d'une société de vie apostolique, devait mener une vie communautaire aussi stricte et réglée que celle des religieux.

Les "Constitutions" de 1984 vont rétablir les choses et poser un lien étroit entre la vie communautaire et le travail apostolique: la vie commune n'est plus enserrée dans des structures uniformes et des prescriptions minutieuses; elle est présentée comme un soutien pour l'Eudiste dans ses diverses tâches apostoliques dont les principales sont les "exercices des missions" et les "exercices des séminaires".


Référence bibliographique:

SAMSON André, c.j.m. et CUSTEAU Jacques, c.j.m., Les Eudistes en Amérique du Nord, 1890-1983,Charlesbourg, Service des archives provinciales des Eudistes, 1997, 210 pages

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