Père Claude Mellier
Obsèques du Père Claude Mellier, eudiste

Saint-Sauveur de Redon, le 27 janvier 2006

Mot d'accueil par le Père Michel Gérard, supérieur général des Eudistes

Claude,

Tu nous rassembles aujourd'hui, amis, proches, compagnons de route, pour cette célébration de l'adieu.
Nous sommes tristes bien sûr de te voir déjà partir pour l'autre rive, même si l'espérance continue de guider nos pas…
Tu as toujours choisi la vie. " La vie est belle " aimais-tu dire, reprenant cette expression du cardinal Yago qu'il utilisait volontiers, surtout dans les moments difficiles !
Oui tu as été amoureux de ce don de la vie qui nous est fait, et aujourd'hui te voici comblé nous n'en doutons pas.
J'ai rencontré Claude il y a plus de 40 ans : j'entrais au noviciat comme on disait à l'époque et lui était à quelques jours de son incorporation. Dans ce monde étrange et austère des séminaires de ce temps, il a tout de suite été pour moi une figure rassurante, encourageante, fraternelle.
Plus tard, nous avons étroitement collaboré, surtout pendant les sept années de son provincialat parce qu'il avait eu l'idée saugrenue de me choisir comme assistant provincial…
Avant tout, Claude a été missionnaire : missionnaire parisien et missionnaire africain.
Vrai parisien, homme des patros et de la mission ouvrière, chaleureux, aimant les gens, attentif aux plus petits, il a laissé sa marque dans le 12ème et le 14ème en particulier.
Mais il avait aussi le cœur africain et il l'a manifesté comme provincial de France -Afrique (d'Afrique -France disaient certains malicieusement !). Claude s'est donné corps et âme pour que grandisse la région Afrique devenue aujourd'hui vice-province.
Plus tard à Bangui, comme formateur au grand séminaire St Marc, son passage a marqué aussi toute une génération de jeunes prêtres et séminaristes qui sont de cœur avec nous cet après-midi, ils l'ont écrit ces jours derniers.
En France comme en Afrique, Claude avait, en bon eudiste, le goût d'accueillir, d'accompagner, de faire grandir, jeunes et moins jeunes, couples, religieuses…
Il était naturellement un " grand frère "…et c'est ce qu'il fera jusqu'au bout, avec passion, jusqu'à cette terrible épreuve de santé survenue à la rentrée 2003, alors qu'il venait d'arriver à Orléans comme responsable du séminaire d'aînés ND du Chemin, après avoir assuré ce même service à Vienne.
Une rude épreuve qu'il acceptera et vivra avec courage, bien entouré il est vrai par la communauté de la Roche du Theil, se battant avec ténacité, et allant encore régulièrement visiter à Paris sa vieille maman centenaire.

Merci Claude d'avoir été au milieu de nous un " bon ouvrier de l'Evangile ", au visage toujours souriant, infatigable bâtisseur du Royaume, simplement sans esbroufe, témoin fidèle du bonheur de croire et de servir.

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Homélie du Père Michel Meneau, eudiste

C'était il y a 34 ans, le Vendredi Saint, je partageais avec Claude l'absence de la présence de Jésus-Christ le seul jour de l'année où l'Eucharistie n'est pas célébrée, et lui de me répondre : " c'est peut-être le jour de sa plus grande présence. "
Là où Dieu semble absent, Claude y cherchait et y témoignait de la présence de Dieu. Sa vie a été une mission en réponse à cet appel qu'il a entendu et auquel il est resté fidèle.
Deux grands axes ont marqué sa manière d'y répondre :
" L'attention aux petits, à ceux et celles à qui l'on ne fait pas forcément attention
" Et un souci de la mission pour ouvrir à la rencontre de Dieu.
Ils ont été présents sur tous les lieux où il a été envoyé et que le Père Michel Gérard nous a rappelés, et jusque dans l'intériorisation de son mal.

L'écoute attentive à ce qui faisait la vie de la personne rencontrée et le désir profond de faire percevoir que Dieu était là dans les choix à faire, dans la vie à vivre a permis à beaucoup de mieux comprendre l'orientation de leur vie. Cette double attitude l'a amené à prendre des décisions qui ont pu être douloureuses, voire incompréhensibles pour certains, et ouvrant à l'espérance pour d'autres. Mais à chaque fois c'est l'estime qui l'emportait sur le rejet, le re-départ qui dynamisait face au risque de passivité ou même de recul.
C'est ainsi qu'il a manifesté une fidélité à la vie, aux personnes dans leur diversité et à Jésus-Christ. Une fidélité aussi à Jean Eudes qui invite chaque baptisé à vivre de l'alliance qu'il a contracté avec Dieu le jour de son baptême.
Pour certains, Claude était un roc rassurant, tenace, mais un peu de perspicacité révélait une grande sensibilité portée par l'Espérance.
Le comptable qu'il était savait ne pas compter le temps lorsque c'était nécessaire et l'organisateur acceptait que l'humour vienne rompre l'ordre établi ; cela n'empêchait pas les " coups de gueule ", mais sans donner prise à la vexation. Claude savait que toute personne vaut plus que tout l'or du monde et qu'en cela elle est à respecter.
C'est parce que chacun s'est senti reconnu comme une histoire sacrée que l'on a pu accueillir Claude et partager son chemin. C'est pour cela que l'on peut lui dire merci :
" Merci à ce que tu as apporté à notre vie, quelle que soit notre race.
" Merci de nous avoir fait aller au-delà de ce que nous pensions possible.
Oui Claude, il y en a qui se reprochent de ne pas t'avoir reçu, soutenu dans ces dernières années ; il y en a qui regrettent de ne pas avoir profité de toi encore quelques instants, car ce n'était pas forcément de tes paroles que l'on profitait, mais de ta présence.
Maintenant il n'est plus temps de regarder ainsi, mais, en fidélité à Claude qui a accompagné beaucoup d'entre nous, de savoir garder vive l'attention aux petits dans l'écoute de leur vie ; de rester à l'écoute du monde pour dénoncer ce qui ne respecte pas l'homme dans sa dignité ; de prendre le temps de prier afin de découvrir que là où Dieu parait absent, c'est là qu'il est présent.

Claude, que ta manière d'aimer, bien à toi, continue de fortifier chacun dans sa manière d'aimer bien à lui. Merci de nous guider à la suite de Jésus sur le chemin qui mène à la Vie ressuscité que tu connais en plénitude aujourd'hui.

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Mot d'adieu du Père Honoré Kouassi, eudiste de la Vice-Province d'Afrique

Chers Frères et Sœurs en Christ,

Au moment où nous allons dire un dernier Adieu à notre regretté P. Claude qui nous quitte, permettez-moi, au nom de tous les confrères eudistes de la Vice-Province d'Afrique, de dire nos sincères condoléances à l'ensembles des confrères eudistes de la Province de France et à vous tous, amis et parents, qui êtes venus participer à cette messe de requiem. Nous voulons vous dire que nous sommes de tout cœur et pensée avec vous dans cette douloureuse épreuve.
Il me semble qu'au-delà de la douleur que nous ressentons de la mort inattendue de Claude, il y a aussi ce sentiment, cette vérité que je ne saurai totalement traduire mais qui s'impose d'elle même à moi, à partir du souvenir vivant de ce que nous avons vécu de beau, de grand, de merveilleux…Intuitivement ce sentiment, qui rejoint certainement les vôtres, trouve écho dans la parole forte de Dieu que nous lisons dans le livre de l'Apocalypse (Ap. 14,13) et que je reprends à notre compte : " J'entendis une voix qui, du ciel disait : " Ecris : heureux dès à présent, ceux qui sont morts dans le Seigneur ! Oui, dit l'Esprit, qu'ils se reposent de leurs labeurs, car leurs œuvres les suivent ".
Notre présence nombreuse ne témoigne-t-elle pas que la vie de Claude en notre compagnie a été dense, d'une grande utilité, chargée d'événements importants ?

Pour nous qui avons connu, aimé et bénéficié de son généreux service sacerdotal que n'aurons nous pas à dire sur ces merveilleux épisodes de notre " cheminement " avec lui ?
En particulier, pour nous membres de la Vice-Province d'Afrique, P. Claude représente un " monument ". A cette étape de notre devenir, nous lui devons beaucoup. En effet, c'est sous son Provincialat qu'un nouveau souffle a été donné à la mission Eudiste en Afrique : réorganisation des communautés pour les rendre plus fonctionnelles, promotion de la formation pour l'adapter aux besoins de l'Eglise en Afrique sans perdre la fidélité au charisme eudiste fondateur, promotion de la communion entre la Région Afrique et la partie française de la Province avec initiation des " années spéciales " de formation en Afrique pour les jeunes eudistes français et africains, études et réalisations de projets importants pour la Région : maison de formation et centre de spiritualité au Bénin…Pour nous, confrères africains, qu'il appelait affectueusement ses " lapins chéris ", Claude ne fut pas seulement qu'un provincial. Il a été un frère et un père remplis d'humanité et d'attention, un Papa qui croyait et voulait un avenir pour la C.J.M en Afrique… qui partageait nos joies, nos peines et nos espérances et qui pour le bien de la Région et qui a été parfois obligé de prendre des décisions audacieuses et courageuses !
D'ailleurs ses successeurs n'ont pas quitté cette ligne de la dynamisation de la mission eudiste en Afrique et les résultats sont palpables : 33 incorporés dont 29 prêtres et un diacre, 25séminaristes en formation et une vingtaine de regardants ou aspirants, six communautés eudistes dans 4 pays…

Oui, pour nous, papa Claude tu représente un Héros, un Prophète des temps modernes. Et comme le dit un dicton de chez moi " le tombeau des héros se trouve dans le cœur des vivants ", nous ne t'oublierons jamais. Dans la foi et l'espérance nous voulons t'appliquer cette parole de Dieu qui nous est apparue convenable, au moment où tu nous quittes, à la fin de ton pèlerinage : " Va Papa, entre dans la joie de ton maître ; va te reposer de tes labeurs dans la paix du Seigneur, Lui qui t'accueille dans sa maison pour te faire vivre dans la joie éternelle. Nos ferventes prières t'accompagnent et t'accompagneront toujours. De là-haut n'oublie pas tes " petits lapins " qui doivent, comme toi, toujours mériter la confiance de leur maître, n'oublie pas la Vice-Province d'Afrique qui a d'énormes défis à relever. Amen.