Congrégation de Jésus et Marie | |||
Père
Jean-Marie BONENFANT, eudiste
Comme à plusieurs jeunes Pères, ses supérieurs lui demandent alors d'aller à l'Institut catholique de Paris afin d'y passer une licence en Théologie ; un séjour à Rome complètera ses études universitaires. Son premier poste sera Saint- Martin de Rennes (Septembre 1949). Mais un sérieux problème pulmonaire l'obligera à faire un séjour à la clinique de Malestroit ; pendant quelques années encore il devra faire attention à sa santé. C'est sans doute une des raisons pour lesquelles il est nommé à la Roche-du-Theil, proche de Malestroit. Dans ce séminaire eudiste il enseigne la théologie fondamentale, en même temps qu'il s'occupe de l'économat. Puis en 1953, Jean-Marie est nommé professeur de philosophie à Saint- Martin de Rennes, et on lui demande de préparer en même temps une licence d'Histoire. En fait, il ne se plaît pas au collège et l'enseignement de la philosophie ne lui convient pas du tout : il préférerait la théologie et l'Ecriture Sainte. Avec franchise et humour il écrit à son Provincial : " Etre jugé inapte à l'enseignement dans les collèges entrerait assez bien dans mes vues .mais mes vues ne sont pas les vôtres, et j'essaie de faire miennes les vôtres, sans succès d'ailleurs " (décembre 1953). La réponse du supérieur relève de la méthode Coué . ! De toute façon le supérieur provincial et le supérieur général comprennent la situation, et ce dernier propose au Père Bonenfant d'aller en Amérique du sud. La réponse de Jean-Marie est intéressante : " Je n'ai aucune raison valable à l'encontre de l'obédience qui m'est parvenue ce midi. Aussi je ne puis qu'accepter, ne vouloir que la volonté du Seigneur ". Et c'est ainsi que la vie de Jean-Marie bascule une première fois. Les Pères Georges Plantard, Alfred Le Livec sont également du voyage : 1954, c'est l'année où la Congrégation avec l'aide de la Province d'Amérique du Nord prend en charge les grand et petit séminaires interdiocésains de Caracas et où la Congrégation fait un gros effort pour l'Amérique du Sud. Les trois Pères atterrissent finalement à Cali, Colombie, où seul restera de longues années le P. Le Livec. L'année suivante Georges Plantard et Jean-Marie arriveront au Venezuela pour de longues années : douze pour ce dernier et une vingtaine pour Georges Plantard. Jean-Marie enseigne d'abord la théologie pendant deux ans au grand séminaire de San Cristobal, dans le sud du pays, et ensuite au grand séminaire de la capitale, Caracas. C'est là surtout que Jean-Marie a pu donner toute sa mesure, comme Eudiste, comme professeur de théologie, comme prêtre. Au Venezuela se trouvait un groupe d'Eudistes de six nationalités différentes, donc de formation, de culture, de sensibilité différentes, mais tous dans l'esprit de Saint-Jean Eudes, attelés exclusivement à la formation de clergé diocésain dans les principaux petits séminaires du pays et dans les deux seuls grands séminaires qui existaient. Comme professeur de théologie, Jean-Marie avait réalisé sa vocation de professeur et de prêtre. Son enseignement clair et net, avec un esprit d'ouverture pastorale sur le monde, servi par un espagnol parfait et une bonne préparation, était fort apprécié tant des séminaristes que de leurs évêques. C'est pourquoi aujourd'hui un grand nombre de prêtres et d'évêques vénézuéliens doivent leur formation sacerdotale et théologique à notre frère. Et comme chacun d'entre nous, Jean-Marie, les fins de semaine, était présent dans un barrio de Caracas avec un ou deux de ses élèves. En 1958 est fondée la Vice-Province de Venezuela Vers 1962 ou 63, le Conseil provincial fit appel à lui pour remplir la tâche ardue d'économe provincial. Jean-Marie s'est acquitté remarquablement de ce service à la Province : nombreuses démarches en ville, visites à nos créanciers, à l'avocat etc Il aimait rouler dans son gros char américain, mais le trafic de Caracas en aurait découragé un autre ! La solidarité et la générosité de tous ont été admirables et Jean-Marie pour sa part a beaucoup contribué à l'édification de cette nouvelle structure de la CJM. Au cours de l'année 1961, Jean-Marie pense à revenir en France. Le P. Général lui demande de réfléchir un an. Finalement Jean-Marie restera jusqu'en 1967 et à ce moment il a la chance d'avoir une année de recyclage à la Catho de Paris avec résidence à la paroisse du Saint-Esprit. C'est alors que Mgr Riobé, évêque d'Orléans, engage Jean-Marie pour la Formation Permanente du clergé de la Région apostolique du Centre. Il rejoint le groupe des Eudistes installés d'abord à Recouvrance, puis à La Source. L'un de ses travaux marquants aura été la direction de l'enquête diocésaine qui devait donner une physionomie au CERC (Centre d'études et de réflexion chrétienne). De plus, il suivait l'année diaconale du Séminaire, 2ème cycle, où selon le témoignage du P. Jean Madelin, on appréciait sa bonne capacité de discernement. Beaucoup de prêtres et de laïcs ont été marqués par son caractère aimable et souriant, son accueil pour toutes les demandes de formation, sa compétence théologique et son sens pédagogique. On appréciait sa capacité à vivre une vie de communauté fraternelle, malgré une surdité naissante qui devait gravement le handicaper par la suite. Fort intéressant est le jugement du P. Provincial : " Nous avons un maître en théologie plus qu'un théologien, qui chemine fraternellement avec ses frères prêtres à partir de leur vie et de leur ministère ". Cependant en 1970, Jean-Marie souhaite quitter. Il connaissait le milieu sud-américain et en gardait une certaine nostalgie, si bien qu'il était prêt à intégrer l'équipe du grand séminaire de La Havane, dont la CJM allait prendre la charge. On y demandait des formateurs canadiens sulpiciens ou des prêtres français. Finalement, Jean-Marie avec les Eudistes, ira en septembre 72 à la paroisse de la Source à Orléans où il restera plusieurs années. Mais il était très gêné par une surdité qui semblait augmenter. Le spécialiste ORL constate que les deux nerfs auditifs sont détériorés et que toute opération est inutile. Une nouvelle orientation pastorale est donc nécessaire : c'est l'Ecole de la foi, à Fribourg, Suisse. Le P. Michel Fournier, son compagnon pendant cette période, précise que cette Ecole avait été fondée en 1968 par les PP. Jacques Loew et René Voillaume, en vue de la formation d'animateurs de communautés chrétiennes dans le monde. Elle était animée par douze prêtres, religieuses et laïcs. Michel y était animateur (70-77) ainsi que Jean-Marie qui y passa deux années (75-77). Les étudiants, originaires de 26 pays, étaient environ 160, répartis en équipes de vie et en équipes de travail. Jean-Marie a beaucoup intéressé les groupes qu'il accompagnait et il était bien intégré dans l'équipe animatrice. Commence alors une autre étape pour Jean-Marie : la pastorale en région parisienne. C'est à Sainte-Geneviève-des-Bois qu'il passe de la théorie à la pratique : pendant trois ans, il est responsable de l'équipe pastorale en liaison avec les prêtres de Saint-Michel-sur-Orge et supérieur de la communauté eudiste. Puis, pendant cinq ans, il continuera à Villepreux le même ministère pastoral. C'est à l'époque de Sainte-Geneviève-des-Bois que Jean-Marie cherche et découvre ce qui deviendra son lieu de détente favori. Il avait besoin de l'alternance : vie communautaire dans la Congrégation et solitude totale. Au Venezuela, il avait les grands espaces des plages immenses et désertes, à l'ombre des cocotiers (une réalité, en ce temps-là) ou les routes sans fin des llanos du sud. A Jargeau, il avait trouvé une " caravane " dans un camping au bord de la Loire. Son frère Marc dit que l'entourage familial de Jean-Marie en était un peu intrigué et même le blaguait gentiment. Mais le frère fût conquis lui aussi par ce lieu de rêve et acheta une caravane voisine. Bientôt les caravanes se changèrent en un très confortable mobile-home, où les deux frères prêtres se retrouvaient dans le calme de la nature, " un petit paradis ". Plus tard, à Plancoët, Jean-Marie allait de temps en temps séjourner à Jargeau, puis à Angerville où après la fermeture du premier site, ils avaient été obligés de faire transporter leur confortable et encombrante maison. Ensuite c'est une autre longue étape qui commence : celle de la Roche-du-Theil. Probablement en raison de son handicap qui l'a gêné presque tout au long de sa vie, la pastorale de terrain devait parfois être pénible pour Jean-Marie. Si bien que les supérieurs lui demandent d'aller à la Roche comme responsable, " afin d'y proposer des activités eudistes ". Jean-Marie présentera ses objections : en raison de son passé de théologien avec des prêtres diocésains, il se trouve éloigné de l'Ecole Française. En fait, il se plaira à la Roche où il restera dix années, à la fois directeur de l'uvre et supérieur d'une communauté nombreuse de plus de 10 Pères. C'est Jean-Marie qui accueille sur les pelouses de la Roche le premier Salon Végétal de la région redonnaise, renoue les liens avec la Frairie locale, donc avec les habitants des villages voisins, intensifie l'accueil aux prêtres du secteur et aux groupes du monde ouvrier, et gère la maison avec les moyens économiques modestes de cette période. Le Centre de Spiritualité commencera en 1990. Enfin une dernière étape : le service à nos anciens de Plancoët. Comme beaucoup d'Eudistes, il était disposé à répondre présent lorsque son tour viendrait pour occuper ce poste de service bien particulier. Grâce à son sens de la communauté, son sourire, son calme, sa charité, il a accompagné fraternellement les Pères âgés. Pour rendre justice à Jean-Marie, il faut dire que c'est lui, avec l'économe local, qui a eu l'idée nouvelle de penser au transfert de la Communauté de Plancoët à Paramé, chez nos Surs des Saints Coeurs. Les Eudistes étaient en effet dans l'impossibilité matérielle de mettre la Corbinais aux normes de plus en plus exigeantes et coûteuses, sans parler des salaires d'un personnel relativement important pour un groupe de personnes réduit. Après un séjour de quatre ans à Plancoët, Jean-Marie fait un essai d'un an dans la Communauté pastorale de Cosne-sur-Loire ; puis deux ans à Caen, pour aider le P. Debout dans les visites et pèlerinages aux lieux eudistes. Enfin, en Mars 2002, il remplace, au pied levé, le P. de Charnacé responsable des anciens à Paramé et gravement malade. Le nouveau supérieur arrivera en Juin 2003. Jean-Marie assure l'intérim, mais sa surdité a beaucoup augmenté, et son handicap le coupe du monde extérieur. Il s'enferme de plus en plus en lui-même, tout en essayant de garder sa sérénité. Il passe davantage de temps à ce que j'appelais ses gadgets : ordinateur, scanner, TV, radios, et beaucoup d'instruments de toutes espèces . Il avait un côté bricoleur étonnant qu'il avait mis d'abord au service de son mobile-home que personne ne connaissait, mais était d'après lui ce qu'on pouvait rêver de mieux. Et il devient lui-même " Père âgé et malade ". Quelque mois plus tard, le 27 Février 2005, il terminera à l'hôpital de Saint Malo une vie bien remplie. On gardera de Jean-Marie Bonenfant l'image d'un prêtre disponible, d'humeur égale, fraternel, un professeur de théologie compétent et ouvert à la pastorale, formateur d'un grand nombre de prêtres, d'évêques et de laïcs pour le bon service de l'Evangile.
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