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Dans ce dévasté paysage,
Dans cette nuit, je ne vois plus
De lumière que toi, Jésus:
Ton attitude, ton visage,
Ta belle audace, ton courage
Que la haine n'a pas vaincu,
Et puis ton merveilleux message
De bonté, d'amour, de partage,
Ta tendresse pour les exclus
Et pour tes disciples volages
Ou tant d'autres qui, d'âge en âge,
T'ont déçu.
Toi, fou plus sage que les sages,
Tu me révèles sans nuage
Ce Dieu que toi seul as connu,
Dont tu es la parfaite image.
Je peux comprendre ton langage
Et cet amour qui t'a perdu,
O Jésus!
Quand je me révolte ou m'alarme,
Je te contemple, agonisant
Au moment d'affronter sans armes
Ce monde hostile et menaçant.
Tandis que les tiens, te laissant,
Dorment, dépassés par ce drame,
Tu pries ton Père en gémissant,
Le suppliant pour qu'il t'épargne,
Jusqu'au bout Fils obéissant,
Dans cette longue nuit de larmes
Et de sang.
Jésus, je te donne ma foi.
Si tu veux, comme je le crois,
Me purifier de mes souillures
Et me guérir de mes blessures
En m'appelant plus près de toi,
Alors, surmontant mon effroi,
Attiré presque malgré moi
Dans cette impossible aventure,
Guidé par Saint Jean de la Croix,
Sans plus savoir quoi que ce soit,
J'entrerai dans la nuit obscure
Avec toi.
Dinard, novembre 1995 |
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NUIT OBSCURE
O Dieu, d'où me vient, tout-à coup,
Ce dégoût?
Dégoût de moi, dégoût de tout,
Dégoût de Toi! Dégoût! Dégoût!
O Dieu, d'où me vient cet ennui
Infini?
Où sont mon amour et ma foi,
Mon espérance d'autrefois?
Je ne saisis plus rien de toi:
Qui donc es-tu? Que me veux-tu?
Où donc es-tu? M'écoutes-tu?
Je ne sais plus! Existes-tu?
Tous mes repères sont perdus,
Disparus!
Du plus profond de ma détresse,
Du plus profond de mon péché,
Je crie vers toi, vers ta tendresse,
O mon Dieu que j'ai tant cherché:
Délivre-moi de ma tristesse,
De mon dégoût, de ma paresse,
De mon envie de tout lâcher;
Que rien ne puisse m'empêcher
De croire encore à tes promesses,
Dieu caché.
Allons, mon cur si triste et las,
Sans trop savoir, à petits pas,
Moins prétentieux, moins sûr de toi,
Repars et va, cahin-caha;
Désire, attends, recherche et va
Vers celui que tu ne vois pas,
Vers celui que tu n'entends pas,
Que, peut-être, tu n'aimes pas,
Vers le Dieu que tu ne sens pas,
Ne sais pas.
Vers toi de nouveau je veux tendre,
Vers toi, Dieu, toujours au-delà,
Que je ne puis jamais comprendre.
Sans voir, je crois que tu es là,
Quelque part dans l'obscurité.
Peut-être que tu veux m'apprendre,
Mieux que dans les jours de clarté,
Dans le noir, la fidélité,
La sainteté? |
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