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Eudistes - Province de France

 


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 L'itinéraire | Point de départ | Une marche vers la conversion | La rencontre | La conversion | A la suite du Christ | La communion

Point d'arrivée | Quelques aides pour la route |

SUR LES PAS DE SAINT JEAN EUDES
Un itinéraire vers la communion
avec Dieu et avec les frères


Mettre nos pas dans les pas de saint Jean Eudes… c'est l'itinéraire que nous choisissons d'emprunter pour découvrir les aspects fondamentaux de la spiritualité chrétienne et eudiste.


Le présent itinéraire comporte une double démarche : la conversion et la communion.

  •  La conversion : après avoir reçu une formation chrétienne, les croyants parviennent, avec l'aide de l'Esprit Saint, à faire une expérience vivante de Jésus Christ ; elles le rencontrent et se donnent à lui.
  •  La communion : les croyants sont conduits à entrer en union profonde avec Jésus Christ jusqu'à lui être configurés. Ils vivent la spiritualité du Cœur, en renouvelant leur amour de Dieu et des frères.

Conversion et communion sont vécues simultanément dans une unique expérience ; elles sont présentées ici séparément dans un but pédagogique. Il convient de rappeler une vérité fondamentale : ce ne sont pas nos propres efforts qui nous feront parvenir, par ce chemin, jusqu'à la communion avec Dieu et avec les hommes, c'est la grâce, la puissance de l'Esprit qui se déploie en nous.

La pédagogie de cet instrument consiste à permettre une confrontation de l'expérience spirituelle de saint Jean Eudes avec notre propre expérience, et d'éclairer par-là notre vie chrétienne et eudiste. Ce matériel pédagogique fournit l'occasion de parcourir de grands textes de saint Jean Eudes extraits du Mémorial des bienfaits de Dieu, du Contrat de l'homme avec Dieu par le saint baptême, de Vie et Royaume, du Mémorial de la Vie ecclésiastique, Le Cœur admirable, des Lettres.

Cet instrument pédagogique s'adresse à de nombreux destinataires. On peut l'utiliser au cours d'une retraite ou d'une session de spiritualité. Il peut permettre aux candidats à la Congrégation, notamment durant le temps spécial de probation (Const. 69), de découvrir l'expérience spirituelle eudiste. Il convient aussi comme programme de formation pour les Associés. Plus largement, on pourrait l'utiliser comme cours de base sur la spiritualité eudiste destiné aux membres de la Grande Famille, ainsi qu'aux personnes avec lesquelles nous exerçons notre mission.


L'itinéraire comprend :

  •  un point de départ, qui est la réalité dans laquelle vivent les participants. On commence à cheminer à partir d'une situation concrète.
  •  le chemin, sur lequel on avance en suivant les deux démarches intimement liées : l'une qui conduit à la conversion et l'autre qui conduit à la communion avec le Christ. Les deux démarches suivent l'itinéraire de saint Jean Eudes et se nourrissent de ses textes.
  •  un point d'arrivée, qui est le style de vie vécu par saint Jean Eudes dans son expérience personnelle et qui peut se résumer dans cette expression : "En tout la volonté de Dieu". Nous sommes appelés à l'assumer à notre tour, de telle sorte que le chemin devient pour chacun de nous une manière d'être, de vivre, d'agir et de prier.
  •  En finale, on propose quelques aides pour la route, afin de soutenir la marche vers une communion incessante avec Dieu et avec les hommes.

La mise en œuvre de l'instrument repose sur un animateur, le cas échéant sur une équipe d'animation. L'animateur prépare le matériel qu'il considère utile et nécessaire. Il doit présenter brièvement les textes et les remettre ensuite aux participants. Ceux-ci, de leur côté, sont invités à bien assimiler les textes de saint Jean Eudes et à réaliser les exercices indiqués par l'animateur.

Les textes de saint Jean Eudes présentés dans cet instrument sont considérés comme fondamentaux pour les personnes qui pratiquent cet itinéraire pour la première fois. L'animateur a la possibilité d'en choisir d'autres lorsque l'itinéraire est répété avec des personnes qui l'ont déjà travaillé en d'autres circonstances. Dans ce cas, il convient de choisir spécialement d'autres textes sur la vie chrétienne comme continuation de la vie de Jésus, sur le prêtre comme continuateur de la mission de Jésus, sur le Cœur comme communion à l'amour de Jésus Christ, et d'autres lettres montrant un style de vie qui nous conduit à faire toujours et en tout la volonté de Dieu.

Laissons le témoignage de saint Jean Eudes faire progresser nos vies sur ce chemin spirituel et renouveler ainsi notre vie chrétienne et notre mission de baptisés.

Plan de l'itinéraire

Point de départ : Le monde de Jean Eudes et le nôtre

L'itinéraire : une marche vers la conversion, une marche vers la communion
o 1. La formation
o 2. La rencontre
o 3. La conversion
o 4. La suite du Christ
o 5. La communion avec le Christ

Point d'arrivée : un style de vie
Quelques aides pour la route : les pratiques ou exercices religieux

POINT DE DÉPART DE L'ITINÉRAIRE :
LE MONDE DE JEAN EUDES ET LE NÔTRE


On présente ici quelques indications ou éléments d'information sur la réalité du XVIIème siècle français. L'animateur fera sa propre recherche et en présentera les résultats aux participants.


Quelques caractéristiques du XVIIème siècle français

a) Aspect économique : L'économie est centrée sur le pouvoir du roi. Les grands possèdent, les autres non. Les guerres ont laissé la France appauvrie. On vit réellement une situation de pauvreté.

b) Aspect religieux : La religion est centrée sur la papauté et sur les cardinaux ministres comme Richelieu et Mazarin. Le clergé est divisé en haut clergé (le Pape et les évêques) et bas clergé (les prêtres). Le peuple vit dans l'ignorance religieuse et l'immoralité.

c) Aspect social : La France est divisée en classes sociales bien marquées. D'un côté il y a le roi et sa cour qui vivent dans l'opulence, et de l'autre il y a les nobles et les paysans, les soldats et le peuple qui vit dans une extrême pauvreté.

d) Aspect politique : La monarchie domine ; le gouvernement est vertical. Le peuple est opprimé et vit dans la soumission.


Le XVIIème siècle français, qui voit naître la spiritualité eudiste, est un siècle à la fois très riche et très pauvre. Très riche dans le domaine des arts (littérature, architecture, peinture...). Très pauvre dans le domaine de la vie chrétienne, sacerdotale, dans le domaine économique, politique... C'est précisément le siècle où abondent les pauvres, mais aussi où sont lancées des croisades de solidarité : c'est pourquoi on l'appelle le siècle de la charité.

On recueille les fruits désastreux de quarante années de guerres de religion, mais les affrontements entre Catholiques et Protestants se poursuivent. C'est pourquoi on voit une grande ardeur missionnaire se déployer.

Au cours de ce siècle, la population souffre du fléau de la peste et de l'extrême pauvreté qui conduit des femmes à se prostituer, tandis que les classes privilégiées vivent dans le luxe et le confort. Mais il n'en reste pas moins vrai que la plus grande maladie et pauvreté est celle qui sévit au sein même du christianisme : les baptisés ne savent pas ce que c'est que d'être chrétien et ils tournent le dos aux engagements de leur baptême ; les prêtres, pour leur part, ne savent pas ce qu'est leur sacerdoce et ils tournent le dos à leurs engagements sacerdotaux.


  • À votre avis, quels défis spirituels une telle situation lançait-elle aux chrétiens de cette époque ?

L'École Française de Spiritualité

Cette école de spiritualité se présente comme une réponse spirituelle à la situation du XVIIème siècle français. Cette situation de la France au XVIIème siècle a été à l'origine d'un groupe de spirituels qui s'efforcèrent d'y apporter une réponse en invitant leurs contemporains à :

1 - Prendre fortement conscience de la grandeur de Dieu.
2 - Vénérer profondément le Verbe incarné.
3 - Faire de Jésus Christ le centre de leur vie.
4 - Reconnaître la petitesse de l'homme sans la présence de Dieu et la grandeur du chrétien recréé par la grâce.
5 - Estimer grandement le sacerdoce de Jésus Christ.
6 - Vivre l'esprit de religion dans l'ascèse et la mystique.
7 - Professer une grande dévotion à Marie comme capacité de Jésus.

Les spirituels appartenant à cette école sont : Pierre de Bérulle, fondateur de l'Oratoire, et ses disciples Charles de Condren, Jean-Jacques Olier, saint Jean Eudes et saint Vincent de Paul.


  •  Notre réalité actuelle : Comment décrivez-vous votre propre situation ? A votre avis, quels défis spirituels cette situation lance-t-elle aux chrétiens de notre époque ?

Les réponses de cette première section peuvent donner lieu à un dialogue communautaire.

L'ITINÉRAIRE :
UNE MARCHE VERS LA CONVERSION,
UNE MARCHE VERS LA COMMUNION

Une marche vers la conversion


1. LA FORMATION

On dit que la foi entre par l'oreille. Le fonctionnaire éthiopien dit à Philippe : "Comment pourrais-je comprendre ce que je lis (il était en train de lire le livre d'Isaïe) si personne ne m'éclaire ? " (Ac 8,31). C'est dire la nécessité de la formation dans la vie chrétienne, la nécessité du témoignage d'autres frères pour parvenir à connaître et à suivre le Seigneur Jésus Christ. Tel était le sens du rite antique de l'Ephphata dans la célébration du baptême. Pour parvenir à la conversion, il est indispensable qu'il y ait une période d'évangélisation, que l'on appelle techniquement kérygme et catéchèse.

Par ce terme de formation, nous voulons désigner la démarche de formation vécue par saint Jean Eudes, démarche que chaque chrétien est appelé à vivre. Nous nous laissons guider ici par quelques textes du Mémorial des Bienfaits de Dieu (les numéros entre parenthèses renvoient aux numéros du Mémorial)

La formation de Jean Eudes

La famille :
" Dieu m'a fait la grâce de me faire naître d'un père et d'une mère de condition médiocre, et qui vivaient en sa crainte, et dont j'ai tout sujet de croire qu'ils sont morts en sa grâce et en son amour. Serviteurs du Seigneur, bénissez le Seigneur ; vous qui craignez le Seigneur, louez-le ; toute la descendance de Jacob, glorifiez-le. " (2)


L'école : Monsieur Blanette :
"J'étudiai quelque temps aux champs, sous un maître qui était prêtre, qui s'appelait M. Jacques Blanette, dont l'exemple et les instructions spirituelles qu'il donnait à ses écoliers, me servirent beaucoup ". (7)


Le collège, le Père Robin :
"Mon père m'envoya à Caen pour y continuer mes études dans le collège des Révérends Pères Jésuites, là où je fus reçu dans la quatrième classe, en 1615, à la Saint-Denis, sous le Père Robin, sous lequel j'étudiai jusqu'à la seconde classe inclusivement, par une faveur spéciale de Notre-Seigneur, parce que c'était un Régent vertueux et très pieux, qui nous parlait souvent de Dieu et avec une ferveur extraordinaire, ce qui m'aida beaucoup plus que je ne puis dire pour les choses du salut. Mon âme bénit le Seigneur ; n'oublie aucun de ses bienfaits". (7)


L'Oratoire, le Père de Bérulle :
"J'ai été reçu et suis entré dans la Congrégation de l'Oratoire, en la maison de Saint-Honoré, à Paris, par son fondateur, le Révérend Père de Bérulle, l'an 1623, le vingt-cinq de mars. Bénissons Jésus, le Fils de Marie, et Marie, la Mère de Jésus. Louons-les et glorifions-les pour les siècles" (10).


Par ailleurs, la formation de Jean Eudes a été marquée par la lecture des Pères de l'Eglise, par l'étude de la Sainte Ecriture, spécialement de saint Jean et de saint Paul, et par l'expérience des missions et des prédications :
"J'ai commencé à prêcher en la même année 1623, par le commandement de mes Supérieurs, quoique je n'eusse point encore d'ordres sacrés. Que tes œuvres te célèbrent, Seigneur, et que tes saints te bénissent" (12).

"Les années 1625 et 1626, Dieu m'ayant donné une infirmité corporelle qui m'empêchait de travailler extérieurement, il me donna ces deux années pour les employer en la retraite, et pour vaquer à l'oraison, à la lecture des livres de piété, et en d'autres exercices spirituels : ce qui me fut une grâce très particulière, dont je dois bénir et remercier éternellement sa divine bonté. Je chanterai éternellement les miséricordes du Seigneur" (17).

"L'an 1632, je fus employé aux missions dans le diocèse de Coutances, à Lessay, à Périers, à Saint-Sauveur-le-Vicomte, à la Haye-du-Puits, à Cherbourg, à Montebourg. Chantez au Seigneur un cantique nouveau, chantez au Seigneur toute la terre" (20).

Notre formation spirituelle

A l'exemple de saint Jean Eudes, qui nous raconte comment il a été marqué au cours de sa formation chrétienne, prenez conscience de la vôtre : quelles personnes et expériences vous ont marqué au cours de votre formation chrétienne ?

Les réponses peuvent être partagées lorsque tout le groupe est assemblé. L'animateur souligne les interventions et invite à l'action de grâce.

2. LA RENCONTRE

Ceux qui ont été évangélisés, ceux qui ont écouté la Parole, le témoignage de quelqu'un, ceux qui ont reçu une bonne formation chrétienne se trouvent au seuil d'une expérience merveilleuse : la rencontre personnelle avec Jésus Christ. Ils sont en mesure de vivre une rencontre avec Jésus et Marie. Dans le Mémorial des Bienfaits de Dieu, Jean Eudes nous décrit sa rencontre avec Jésus et aussi avec Marie : il ne sépare jamais Jésus de Marie, ni Marie de Jésus. Il s'agit ici de lire la vie de Jean Eudes à partir de cette expérience spirituelle, de découvrir avec lui comment Jésus et Marie ont été présents aux grands moments de son existence.


La rencontre de Jean Eudes avec Jésus et Marie

Il est conçu et il naît sous la protection de Marie :
"Dieu m'a fait la grâce d'avoir été conçu, d'être né, d'avoir été baptisé, d'avoir fait ma première communion, et d'avoir fait une mission avec grande bénédiction, dans une paroisse dédiée à la sainte Vierge Marie, qui en est la Patronne, c'est-à-dire dans la paroisse de Ri, au diocèse de Séez" (1)... "Ma mère étant devenue enceinte, fit un pèlerinage avec mon père en la chapelle de Notre-Dame de la Recouvrance, aux Tourailles, où ils m'offrirent et me donnèrent à Notre-Seigneur et à Notre-Dame" (3)... "Si l'opinion des médecins est véritable, qui tiennent que l'âme est infuse dans le corps des enfants mâles le quarantième jour de leur conception, mon âme a été créée de Dieu et unie à mon corps le vingt-cinquième de mars, jour auquel le Fils de Dieu s'est incarné, et la bienheureuse Vierge a été faite Mère de Dieu. Car je suis né le quatorzième de novembre ; et par conséquent, ayant été conçu neuf mois auparavant, le quatorzième de février a été le jour de ma conception. Or, depuis ce jour jusqu'au vingt-cinquième de mars, il y a justement quarante jours" (4).


Il vit des rencontres avec Jésus et Marie depuis son plus jeune âge :
"Étant dans une paroisse où il y avait très peu d'instruction pour le salut, et où très peu de personnes communiaient plus souvent qu'à Pâques, j'ai commencé, à l'âge de douze ans environ, à connaître Dieu par une grâce spéciale de sa divine bonté, et à communier tous les mois, après avoir fait une confession générale ; et ce fut en la fête de la Pentecôte qu'il me fit la grâce de faire ma première communion. Qu'il en soit béni à jamais" (6).
"Je fus reçu en la Congrégation de Notre-Dame, au collège des Très Révérends Pères Jésuites de Caen, environ l'an 1618, en laquelle Notre-Seigneur me fit de très grandes grâces, par l'entremise de sa très sainte Mère. Je rends grâce au Seigneur de tout mon cœur, en compagnie des justes, dans l'assemblée" (8).


L'institution aux ministères et la réception des ordres sont des rencontres profondes avec le Seigneur qui appelle et envoie :
"J'ai reçu la tonsure et les quatre ordres mineurs en l'année 1620, ce me semble, à Séez, au mois de septembre. Tous les saints prêtres et lévites, bénissez le Seigneur éternellement" (9). "J'ai été revêtu de l'habit ecclésiastique en la même année, en la fête de Notre-Dame de Pitié, qui se fait le vendredi de la semaine de la Passion de Notre-Seigneur. Je louerai le Seigneur et j'exalterai son nom éternellement, car il m'a revêtu des vêtements du salut et il m'a drapé dans un manteau de justice. A toi la louange, à toi l'honneur, à toi la gloire, ô très bonne Vierge Marie, pour les siècles des siècles. Amen" (11). "J'ai reçu la tonsure et les ordres mineurs à Séez, l'an 1620, le 19 de septembre, et l'ordre de sous-diacre à Séez, en l'année 1624 ; j'ai commencé à dire le bréviaire en la fête de saint Thomas, apôtre. Que ma bouche soit pleine de ta louange et que je chante sans cesse ta gloire et ta grandeur. J'ai reçu l'ordre de diacre à Bayeux, en l'année 1625, en carême. Tous les saints lévites, magnifiez le Seigneur ; exaltons tous ensemble son nom. En la même année 1625, j'ai reçu l'ordre de Prêtrise, à Paris, le 20 de décembre. Prêtres du Seigneur, bénissez le Seigneur : louez-le et exaltez-le pour les siècles. Ensuite je dis ma première messe le jour de Noël, en 1625, à la minuit, en la maison de l'Oratoire de Paris, à Saint-Honoré, dans une chapelle et à un autel dédiés à l'honneur de la très sainte Mère de Dieu. Gloire à toi, Seigneur, toi qui es né de la Vierge... " (13-16).


La mission est pour Jean Eudes un temps de prière, de prédication, de charité, où il fait l'expérience de la présence et des bénédictions de Dieu pour lui-même et pour le peuple :
"En septembre 1636, je fis une mission en la paroisse du Fresne, que M. de Camilly défraya, dans laquelle il plut à Dieu de convertir un bon nombre de huguenots. Ce fut en cette mission que je commençai à faire les prières du matin et du soir, comme nous les faisons dans les missions. Que les miséricordes du Seigneur soient proclamées, et que toutes ses armées chantent sa louange" (23). "L'an 1637, je fis une mission en la paroisse de Ri, lieu de ma naissance, au diocèse de Séez, à laquelle Dieu a donné de grandes bénédictions. Toutes les œuvres du Seigneur, bénissez le Seigneur, louez-le, exaltez-le pour les siècles" (24). "L'an 1638, je fis trois missions... On ne peut dire les fruits que Dieu tira de toutes ces missions, dont il soit béni et glorifié éternellement" (25). L'an 1639, durant l'été, Mgr Philippe Cospéan, évêque de Lisieux, me fit faire une mission dans la ville de Lisieux, dont Dieu fut grandement glorifié. O bienheureuse Trinité, un seul Dieu, source de tout bien au ciel et sur la terre, à toi la louange, à toi l'honneur, à toi la gloire" (28)² "En cette même année 1639, je prêchai l'Avent en l'église Saint-Pierre de Caen, et le carême suivant, en l'année 1640, là où il plut à Notre-Seigneur opérer plusieurs grands effets de grâce en plusieurs âmes, par la vertu de sa divine parole. Que toutes tes œuvres, Seigneur, te bénissent. Qu'elles louent et exaltent tes miséricordes pour les siècles" (29). "Pour toutes ces missions et établissements, pour toutes ces grâces que Dieu nous a faites, je dis de tout mon cœur et supplie tous les anges, tous les saints et toutes les créatures de dire avec moi : Au Roi des siècles, immortel et invisible, à Dieu seul honneur et gloire pour les siècles des siècles. Amen. A toi aussi, sainte Mère de Dieu, louange et action de grâce te soient rendues par toute créature toujours et pour l'éternité. Amen, amen, fiat, fiat" (55).


Les moments d'épreuve sont vus comme des rencontres avec le Seigneur :
"Mgr Molé, évêque de Bayeux, étant prévenu de mauvaises impressions qu'on lui avait données contre nous, et ayant fait fermer notre chapelle de Caen, dans l'intention qu'il avait de détruire entièrement notre établissement, Dieu dissipa tous ses desseins, et défit tout ce qu'il avait fait contre nous, par M. de Sainte-Croix, son frère, qui, en suite de sa mort, laquelle arriva peu de temps après, fut nommé à l'évêché de Bayeux, et nous fit remettre en notre premier état ; de sorte que notre chapelle fut ouverte en l'année 1653, après Pâques, au jour de la fête de l'Apparition de Notre-Seigneur à sa très sainte Mère après la Résurrection, qui fut un jour de grande consolation et de joie extraordinaire pour nous et pour tous nos amis" (56). "M'étant trouvé plusieurs fois en de grands périls de perdre la grâce de mon Dieu, et de tomber dans l'enfer du péché, il m'en a préservé par l'entremise de ma très honorée Maîtresse et très bonne Mère, la sacrée Vierge Marie" (60). "La divine Miséricorde m'a fait passer par un grand nombre de tribulations, qui est une des plus grandes faveurs qu'elle m'a faites, parce qu'elles m'ont été très utiles, et Dieu m'en a toujours délivré" (61). "Sur la fin de l'année 1659 et sur le commencement de l'année 1660, Dieu permit que je fusse méprisé, déchiré et calomnié extraordinairement : ce qui m'affligea néanmoins fort peu et presque point, par une grâce spéciale de la divine Bonté, dont elle soit louée et glorifiée à jamais" (64). "En l'année 1661 et 1662, Dieu me fit la grâce de me donner plusieurs grandes afflictions, partie par les médisances et calomnies du monde, partie de la part de quelques personnes qui m'étaient fort chères, et qui me causèrent, durant plusieurs mois, des douleurs et des angoisses les plus sensibles que j'aie jamais souffertes en toute ma vie" (68). "En la même année 1662, le 16 de septembre, il a plu à Notre-Seigneur de m'envoyer une grande maladie, qui a duré six semaines, en laquelle il m'a fait de grandes grâces" (71). "En l'année 1663, Notre-Seigneur et sa très sainte Mère nous ont fait un très précieux don en nous donnant une grande croix... la mort de notre très cher frère, M. Manchon... " (71). "En 1667, il a plu à la divine Bonté me donner plusieurs croix extraordinaires, dont elle soit louée et bénie éternellement" (87). "Dans les années 1675 et 1676, notre très aimable Crucifié m'a honoré de plusieurs grandes croix, ayant permis qu'on ait publié contre moi, presque par toute la France, des libelles diffamatoires, pleins d'injures atroces et de calomnies, m'accusant d'un grand nombre d'hérésies, dont grâce à Dieu je suis très éloigné ; mais tout cela s'en est allé en fumée" (99). "De 1675 à 1679, j'ai souffert une grande affliction, par une calomnie très fausse qu'on avait mise dans l'esprit du Roi contre moi" (102).

Le Mémorial est donc un livre qui rapporte la présence de Jésus et Marie dans la vie de saint Jean Eudes, qui rapporte, pour ainsi dire, les diverses rencontres de Jean Eudes avec Jésus et Marie. Ce livre nous montre la sensibilité spirituelle de Jean Eudes ; il nous fait voir combien il est attentif à son histoire, aux signes des temps grâce auxquels il lit la présence de Dieu et son intervention dans sa propre vie et dans sa propre histoire.

Notre propre Rencontre avec Dieu : notre propre Mémorial.

Écrivez votre propre Mémorial, en faisant un effort pour découvrir la présence de Dieu dans votre histoire personnelle. Des éléments de ces Mémoriaux peuvent être partagés lorsque le groupe est assemblé.

L'animateur souligne les interventions et invite à rendre grâce à Dieu.


3. LA CONVERSION**

La conversion ne s'obtient pas une fois pour toutes. Elle est une démarche qui engage toute notre vie. Il s'agit ici de considérer la doctrine du baptême chez Jean Eudes, spécialement dans le "Contrat", afin de redécouvrir les grandes valeurs de notre baptême et de nous engager à en vivre, à travers des gestes concrets, avec la grâce de Dieu.


La conversion : le programme du baptême

La conversion est marquée par le baptême. Jean Eudes va être un éminent théologien du baptême, un pasteur du baptême, un homme profondément soucieux de le vivre et de le prêcher. Toute sa doctrine est une invitation à vivre profondément le baptême comme Renoncement et Adhésion.

Se convertir a été le grand appel lancé par l'Ecole Française, et spécialement par Jean Eudes, aux hommes et aux femmes de cette époque. C'est pour cela qu'il a consacré sa vie aux missions. C'est pour cela qu'il a fondé Notre-Dame de Charité et la Congrégation de Jésus et Marie. C'est pour cela qu'il a composé tant de livres et d'offices liturgiques.

Jean Eudes nous parle du baptême à bien des reprises dans ses ouvrages (cf. P. MILCENT, Le Baptême, textes choisis de saint Jean Eudes, coll. Foi Vivante, Le Cerf, 1991).

L'animateur prépare à l'avance des textes sur le baptême, spécialement dans Le Contrat, pour les présenter et les partager avec le groupe. Il peut expliquer cet ouvrage, ou permettre aux participants de le lire ou encore sélectionner quelques extraits et les photocopier, etc.

Renouveler nos promesses et notre engagement dans le contrat du baptême

Après avoir étudié le thème de la conversion et du baptême, surtout dans Le contrat de l'homme avec Dieu, on invite les participants à élaborer un contrat avec Dieu sur une feuille de papier ; puis, dans une célébration toute simple, on leur demande de renouveler leurs promesses baptismales, de lire leur contrat à haute voix devant le groupe, qui est témoin, et de le signer.


Voici une formule composée par Jean Eudes lui-même dans ce but :

Jésus, je t'adore comme mon Chef que je dois suivre et imiter en toutes choses, selon la profession publique et solennelle que j'en ai faite au Baptême et que je veux renouveler aujourd'hui.
Pour cet effet, en la vertu et puissance de ton Esprit et de ton amour, je renonce pour toujours à Satan, au péché, au monde et à moi-même. Je me donne à toi, Jésus, pour adhérer à toi, demeurer en toi et n'être plus qu'un avec toi.
Je me donne à toi pour faire ta volonté.
Je me consacre à toi. Établis en moi ta vie sainte et parfaite. Vis pleinement dans mon esprit et dans mon cœur. Jésus donne-moi la grâce d'accomplir parfaitement cet engagement. Accomplis-le toi-même en moi et pour moi, selon toute la perfection que te désires.


Une marche vers la communion


Celui qui se convertit et reçoit le baptême s'engage avec sérieux dans une marche à la suite du Christ au terme de laquelle il doit parvenir à s'identifier à lui, comme le fit Paul : "Ce n'est plus moi qui vis, c'est le Christ qui vit en moi" (Ga 2,20).


4. A LA SUITE DU CHRIST

On peut suivre le Christ de deux manières : comme chrétiens, c'est-à-dire comme baptisés, et comme prêtres, c'est-à-dire comme baptisés et ordonnés.

Suivre le Christ comme baptisés et ordonnés,
c'est continuer et accomplir sa vie en nous.


Le suivre comme chrétiens :

"Jésus, Fils de Dieu et Fils de l'homme, Roi des hommes et des anges, n'étant pas seulement notre Dieu, notre Sauveur et notre souverain Seigneur, mais même étant notre chef, et nous étant ses membres et son corps, comme parle saint Paul, os de ses os et chair de sa chair (Ep 5,30), et par conséquent étant unis avec lui de l'union la plus intime qui puisse être, telle qu'est celle des membres avec leur chef ; unis à lui spirituellement par la foi et par la grâce qu'il nous a donnée au saint baptême ; unis avec lui corporellement par l'union de son très saint corps avec le nôtre en la sainte eucharistie ; il s'ensuit de là nécessairement que, comme les membres sont animés de l'esprit de leur chef et vivants de sa vie, aussi nous devons être animés de l'esprit de Jésus, vivre de sa vie, marcher dans ses voies, être revêtus de ses sentiments et inclinations, faire toutes nos actions dans les dispositions et intentions dans lesquelles il faisait les siennes ; en un mot, continuer et accomplir la vie, la religion et la dévotion qu'il a exercée sur la terre... "

Ce qui précède signifie "que Jésus Christ doit être vivant en nous ; que nous ne devons point vivre sinon en lui ? que sa vie doit être notre vie, que notre vie doit être une continuation et expression de sa vie, et que nous n'avons point de droit de vivre en la terre, que pour porter, manifester, sanctifier, glorifier, et faire vivre et régner en nous le nom, la vie, les qualités et perfections, les dispositions et inclinations, les vertus et actions de Jésus".

"Saint Paul dit qu'il accomplit ce qui manque aux souffrances de Jésus Christ pour son corps, qui est l'Église (Col 1,24) ; et ce que saint Paul dit de soi-même, on le peut dire de chaque vrai chrétien, lorsqu'il souffre quelque chose avec esprit de soumission et d'amour vers Dieu. Et ce que saint Paul dit des souffrances, on le peut dire de toutes les autres actions qu'un chrétien fait en la terre. Car, comme saint Paul nous assure qu'il accomplit les souffrances de Jésus Christ, aussi on peut dire en vérité qu'un vrai chrétien, qui est membre de Jésus Christ et qui est uni avec lui par sa grâce, continue et accomplit, par toutes les actions qu'il fait en l'esprit de Jésus Christ, les actions que le même Jésus Christ a faites durant le temps de sa vie passible sur la terre.
De sorte que, quand un chrétien fait oraison, il continue et accomplit l'oraison que Jésus Christ a faite en la terre ; quand il travaille, il continue et accomplit la vie laborieuse de Jésus Christ ; lorsqu'il converse avec le prochain en esprit de charité, il continue et accomplit la vie conversante de Jésus Christ ; et ainsi de toutes les autres actions qui sont faites chrétiennement. Et c'est en cette façon que saint Paul nous déclare que l'Église est l'accomplissement de Jésus Christ, et que Jésus Christ, qui est le chef de l'Eglise, est accompli tout en tous (Ep 1,22-23). Et en un autre lieu il donne à entendre que nous concourons tous à la perfection de Jésus Christ, et à l'âge de sa plénitude (Ep 4,11-13), c'est-à-dire à son âge mystique qu'il a dans son Eglise, lequel ne sera point accompli qu'au jour du jugement".


"Vous voyez par-là ce que c'est que la vie chrétienne ; que c'est une continuation et accomplissement de la vie de Jésus... que nous devons être comme autant de Jésus en la terre, pour y continuer sa vie et ses œuvres, et pour faire et souffrir tout ce que nous faisons et souffrons, saintement et divinement, dans l'esprit de Jésus" (O.C. I, 161-167).


Le suivre comme prêtres :

"Je vous envoie comme mon Père m'a envoyé (Jn 20,21), c'est-à-dire je vous envoie pour la même fin pour laquelle mon Père m'a envoyé ; pour annoncer le même Évangile que j'ai annoncé ; pour dispenser les mêmes mystères et les mêmes grâces que j'ai dispensées ; pour faire et pour administrer les mêmes sacrements que j'ai institués ; pour offrir à Dieu le même sacrifice que je lui ai offert ; pour dissiper les ténèbres de l'enfer qui couvrent la face de la terre ; pour y répandre la lumière du ciel, pour y détruire la tyrannie de Satan, pour y établir le règne de Dieu, et enfin pour exercer en la terre les mêmes fonctions sacerdotales que j'y ai exercées, et pour y continuer et accomplir l'œuvre de la rédemption du monde, et aussi pour y continuer la même vie que j'y ai menée et les mêmes vertus que j'y ai pratiquées" (O.C. III, 11-12).

Notre marche à la suite du Christ aujourd'hui

Pour évaluer votre marche à la suite du Christ, considérez bien les propositions suivantes :

1. Être chrétien, ce n'est pas simplement croire en Dieu.
2. Être chrétien, ce n'est pas simplement accomplir certains rites.
3. Être chrétien, ce n'est pas simplement suivre une tradition.
4. Être chrétien, ce n'est pas simplement s'entourer d'images pieuses.
5. Être chrétien, ce n'est pas simplement porter des vêtements sacrés.
6. Être chrétien, ce n'est pas simplement habiter ou pénétrer dans un espace sacré.
7. Être chrétien, ce n'est pas être un théologien.
8. Être chrétien, ce n'est pas espérer le ciel en se croisant les bras.
9. Être chrétien, ce n'est pas être l'ami de prêtres ou de religieuses.
10.Être  chrétien, ce n'est pas vivre une morale de la peur.
11.Être chrétien, ce n'est pas l'affaire des vieux, des "bigots", et encore moins des prêtres.
12.Être chrétien, ce n'est pas l'affaire d'individus isolés.

Discutez avec quelqu'un pour voir si vous êtes ou non d'accord avec ces différentes propositions, et pour quelles raisons.


Et répondez par écrit aux questions suivantes :

a. Lesquels de ces points réalisez-vous le plus souvent ?
b. Ces douze points suffisent-ils pour être chrétien ?
c. Que manque-t-il à ces points pour qu'ils aient un sens ?

5. LA COMMUNION

Quand un disciple s'est engagé sérieusement à la suite de Jésus Christ, quand il s'efforce de continuer et d'accomplir dans sa propre vie les états et mystères de sa vie, il est appelé à être transfiguré, configuré au Seigneur, à entrer dans une communion intime avec lui et, par-là, avec ses frères ("Si quelqu'un dit : "J'aime Dieu" et qu'il déteste son frère, c'est un menteur : celui qui n'aime pas son frère, qu'il voit, ne saurait aimer le Dieu qu'il ne voit pas" (1Jn 4,20).

Cette communion s'exprime dans la spiritualité eudiste par le moyen du mot Cœur. Il s'agit de parvenir à n'avoir plus qu'un seul cœur avec Jésus et Marie, ainsi qu'avec ses frères.

La Configuration au Christ

Le Cœur de Marie comme modèle. Pour la spiritualité eudiste, personne n'a mieux communié avec le Christ que Marie :

"O Jésus, Fils unique de Dieu, Fils unique de Marie, je vous contemple et adore comme vivant et régnant en votre très sainte Mère, et comme celui qui êtes tout et qui faites tout en elle. Car si, selon la parole apostolique, vous êtes tout et faites tout en toutes choses (Ep 1,23 ; 1Co 12,6), certes vous êtes tout et faites tout en votre très sacrée Mère. Vous êtes sa vie, son âme, son cœur, son esprit, son trésor. Vous êtes en elle, la sanctifiant en la terre et la glorifiant au ciel. Vous êtes en elle, la sanctifiant en la terre et la glorifiant au ciel. Vous êtes en elle, y opérant choses plus grandes, et vous rendant une plus grande gloire en elle et par elle, qu'en toutes les autres créatures du ciel et de la terre. Vous êtes en elle, la revêtant de vos qualités et perfections, de vos inclinations et dispositions, y imprimant une image très parfaite de vous-même, de tous vos états, mystères et vertus, et la rendant tellement semblable à vous que qui voit Jésus, voit Marie, et qui voit Marie, voit Jésus" (O.C. I, 432-433).

"Encore que le cœur représente tout l'intérieur de l'homme, il signifie pourtant principalement l'amour. C'est pourquoi, lorsque nous honorons le Cœur de Marie, nous ne rappelons pas un mystère, une action ou une qualité, pas même la très digne personne de la très sainte Vierge, mais la source et l'origine de tout cela, à savoir son amour et sa charité.
Car cet amour a sanctifié toutes ses actions, les facultés de son esprit, sa vie extérieure et intérieure, avec ses vertus et perfections. l'amour l'a rendue digne de devenir la mère de Jésus et de tous les membres du Christ et de devenir une source inépuisable de grâces.

Vous tous qui avez soif, venez boire des eaux de ma fontaine. Pourquoi hésitez-vous ? Avez-vous peur de rabaisser la bonté de votre Rédempteur lorsque vous vous tournez vers le Cœur de sa Mère ? Car d'elle-même et par elle-même elle n'est rien, mais son Fils Jésus est tout en elle.

Non seulement Jésus vit et demeure continuellement dans le Cœur de Marie, mais il est lui-même le Cœur de son Cœur. C'est pourquoi s'approcher du Cœur de Marie, c'est rencontrer Jésus ; honorer le Cœur de Marie, c'est invoquer Jésus. Ce Cœur admirable est l'exemplaire et le modèle de nos cœurs ; et la perfection chrétienne consiste à devenir de vivantes images du saint Cœur de Marie. Et comme le Père éternel a donné à Marie le pouvoir de concevoir son Fils et dans son Cœur et dans son sein virginal, aussi il lui a donné puissance au même temps de le former et de le faire naître dans les cœurs des enfants d'Adam. Ainsi, elle collabore à l'œuvre de notre salut en employant avec un amour incroyable ce pouvoir spécial. Et comme elle a porté et portera éternellement son Fils Jésus dans son Cœur, elle a porté et portera toujours avec lui tous les membres de ce divin Chef, comme ses enfants bien-aimés et comme le fruit de son Cœur maternel, dont elle fait une oblation continuelle et un sacrifice perpétuel à la divine Majesté" (O.C. VI, 148, 182 ; VIII, 431).


Le Cœur de Jésus nous a été donné pour être notre Cœur, pour que nous nous identifiions à lui :

"O mon Dieu, que votre bonté est excessive, que votre amour est admirable vers nous ! Vous êtes infiniment digne d'être aimé, loué et glorifié ; nous avons une infinité d'obligations de vous aimer et glorifier ; mais parce que nous n'avons point de cœur ni d'esprit qui soit ni digne ni capable de nous acquitter de ces obligations, votre sagesse incompréhensible nous a trouvés, et votre bonté immense nous a donné un moyen admirable pour y satisfaire pleinement et parfaitement : c'est que vous nous avez donné l'Esprit et le Cœur de votre Fils, qui est votre propre Esprit et votre propre Cœur, et vous nous l'avez donné pour être notre propre esprit et notre propre cœur, selon la promesse que vous nous en aviez faite par la bouche de votre Prophète, en ces paroles : "Je vous donnerai un cœur nouveau, et je mettrai un esprit nouveau au milieu de vous" (Ez 36,26). Et afin que nous sussions quel était ce cœur et cet esprit nouveau que vous nous promettiez, vous avez ajouté : "Je mettrai mon Esprit, qui est mon Cœur, au milieu de vous". Il n'y a que l'Esprit et le Cœur d'un Dieu qui soient dignes d'aimer et louer un Dieu, et qui soient capables de le bénir et aimer autant qu'il le doit être. Voilà pourquoi, mon Seigneur, vous nous avez donné votre Cœur, qui est le Cœur de votre Fils Jésus, comme aussi le Cœur de sa divine Mère et les cœurs de tous ses anges et de tous ses saints, qui tous ensemble ne sont qu'un seul cœur".

Vous qui lisez ces choses... mettez ceci dans votre esprit, que ce Cœur vous a été donné "afin que vous serviez et honoriez Dieu et que vous fassiez sa volonté avec un grand cœur et un grand amour" (2 M 1,3), c'est-à-dire avec un cœur et un amour digne de sa grandeur infinie.

Pour cet effet, renoncez à votre propre cœur, c'est-à-dire à votre propre esprit, à votre propre volonté et à votre amour-propre ; et donnez-vous à Jésus, pour entrer dans l'immensité de son grand Cœur, qui contient le Cœur de sa sainte Mère et de tous ses saints, et pour vous perdre dans cet abîme d'amour, de charité, de miséricorde, d'humilité, de pureté, de patience, de soumission et de sainteté.

Ne vous contentez pas d'aimer un Dieu infiniment aimable de toute l'étendue de ce petit cœur humain... Cela est trop peu de chose, cela n'est rien. Mais aimez-le "Corde magno et animo volenti", de tout votre grand Cœur, aimez-le en tout l'amour de votre grand Cœur.

Quand on vous demandera si vous l'aimez, dites : "Oui, je le veux aimer, et de tout mon grand Cœur, et je me donne à lui pour cela".

Si vous aimez votre prochain et que vous ayez quelque action de charité à faire, aimez-le et faites pour lui tout ce que vous devez, en la charité de votre grand Cœur... S'il faut souffrir quelque chose, que ce soit en l'esprit d'humilité, de patience, de soumission et d'amour de votre grand Cœur.

Si vous avez à faire quelque oblation, donation ou sacrifice à Dieu, de vous-même ou de quelque autre chose, que ce soit en l'esprit d'amour et de zèle de votre grand Cœur... Quand vous direz ces saintes paroles : "Je vous louerai, Seigneur, de tout mon cœur" (Ps 110,1), que votre intention soit de parler de votre grand Cœur. Enfin, quoi que vous fassiez, faites toutes choses dans l'esprit et dans les dispositions de votre grand Cœur, en renonçant au vôtre et en vous donnant à Jésus pour agir dans l'esprit qui anime le sien" (O.C. VI, 261-265).

Notre consécration au Cœur de Jésus

L'animateur fait découvrir aux participants que nous sommes appelés à faire du Cœur du Christ notre Cœur et à l'employer comme une chose qui nous appartient.
Ensuite, dans une célébration toute simple, il invite les participants à se consacrer au Cœur de Jésus en disant la prière Ave Cor de saint Jean Eudes, précédée d'une brève motivation et explication.

Nous te saluons, Cœur très saint,
Nous te saluons, Cœur très doux
Nous te saluons, Cœur très humble
Nous te saluons, Cœur très pur
Nous te saluons, Cœur donné sans réserve
Nous te saluons, Cœur très sage
Nous te saluons, Cœur très patient
Nous te saluons, Cœur très obéissant
Nous te saluons, Cœur très vigilant
Nous te saluons, Cœur très fidèle
Nous te saluons, Cœur bienheureux
Nous te saluons, Cœur plein de miséricorde
Nous te saluons, Cœur très aimant de Jésus et Marie
Nous t'adorons, nous te louons, nous te glorifions, nous te rendons grâce,
Nous t'aimons de tout notre cœur, de toute notre âme et de toutes nos forces,
Nous t'offrons notre cœur,
Nous te le donnons, nous te le consacrons, nous te le sacrifions,
Reçois-le, possède-le tout entier,
Purifie-le, éclaire-le, sanctifie-le,
En lui, vis et règne, maintenant, toujours et à jamais.
Amen.

POINT D'ARRIVÉE DE L'ITINÉRAIRE :
UN STYLE DE VIE


Pour Jean Eudes, le style de vie du chrétien consiste à faire toujours la volonté de Dieu, qu'il faut découvrir dans les événements de l'existence quotidienne.

En tout la Volonté de Dieu

Une lettre de saint Jean Eudes nous est destinée. L'animateur choisit une lettre ; il la présente rapidement puis la remet aux participants. Il peut en choisir une qui mentionne en tout la volonté de Dieu ou une autre liée à une circonstance particulière, dans laquelle il conseille, console, éclaire, encourage, exhorte, etc. comme celle-ci par exemple :


Lettre de Jean Eudes à Laurence de Budos, abbesse de la Sainte-Trinité de Caen (1636)


Madame,

La grâce, la paix et la consolation de Jésus Christ Notre-Seigneur et de sa très sainte Mère soit avec vous pour jamais.

Je dois et je veux adorer avec vous la très sainte et très aimable volonté de Dieu, dans l'affliction qu'il lui a plu vous envoyer. Je dois et je veux chérir et aimer sa très juste et très aimable main, qui a frappé votre âme d'un si rude coup, et qui a blessé votre cœur d'une plaie si sanglante, puisque cette divine main ne fait rien que par amour vers soi-même, et vers ses créatures qu'elle semble aimer comme soi-même.

Néanmoins, il faut que j'avoue que mon âme est remplie de tristesse, et mon cœur plein d'angoisse en la pensée de votre agonie. Je ne puis penser à vous et au pitoyable état auquel je vous vois, sans douleur et sans larmes, et je crois que cela m'est permis. Je vois Jésus, la joie du ciel et de la terre, se fondre en larmes et en soupirs à la vue des larmes de Marthe et de Madeleine, qui pleuraient la mort de leur frère. Pourquoi donc ne me sera-t-il pas permis de pleurer en un semblable sujet ? Je veux pleurer avec Jésus, pour honorer les larmes de Jésus. Je veux pleurer avec ceux qui pleurent, selon la parole de son Apôtre (Rm 12,15). Je veux pleurer par les mêmes mouvements et sentiments que Jésus a pleuré. Je veux lui offrir un sacrifice de larmes, en hommage de ses larmes divines et adorables. Offrons-lui, Madame, offrons-lui nos larmes en l'honneur des siennes, prions-le qu'il les sanctifie par les siennes, qu'il les bénisse par les siennes, qu'il les unisse aux siennes...

Voilà donc Jésus au milieu de votre cœur : il y est désirant porter avec vous la rigueur de votre affliction ; mais il ne peut ni ne veut la porter sans vous. Unissez-vous donc à lui pour la porter avec lui. Unissez votre esprit à son esprit, votre cœur à son Cœur et votre volonté à la sienne.

Portez-la saintement, comme il l'a portée saintement et divinement ; portez-la fortement et courageusement, comme il l'a portée fortement et courageusement...

Vous lui avez tant de fois protesté que vous ne souhaitiez rien tant que de l'aimer et de l'honorer ; or vous ne pouvez jamais l'aimer plus parfaitement, ni l'honorer plus saintement que maintenant. Vous pouvez, en ce temps d'affliction, lui rendre plus de gloire et d'amour en un moment, qu'en plusieurs jours d'un temps de consolation. Ne le privez donc pas d'une chose si grande que vous pouvez et devez lui rendre facilement en soumettant votre volonté à la sienne. Il est vrai que cela n'est pas facile à la nature ; mais il est facile à la grâce qui vous est présentée pour cela"

Jean Eudes

Appréciez la sensibilité de Jean Eudes et la pédagogie qu'il met en œuvre pour consoler. Après avoir fait personnellement ce travail, on peut partager avec le groupe rassemblé. Comme toujours, l'animateur, souligne les interventions et s'efforce de synthétiser.


Nous écrivons une lettre à saint Jean Eudes

Écrivez une lettre à saint Jean Eudes en partant de votre situation actuelle.
Les lettres peuvent être partagées librement dans une réunion du groupe. L'animateur met les interventions en valeur.

QUELQUES AIDES POUR LA ROUTE :
LES PRATIQUES OU EXERCICES RELIGIEUX

Nos dévotions aujourd'hui

Que chaque participant explique d'une manière pratique comment il vit son expérience de rencontre avec Dieu

La dévotion des dévotions : se donner à l'Esprit Saint

L'animateur présente et explique le texte ci-dessous comme une synthèse du chemin parcouru :

"La pratique des pratiques, le secret des secrets, la dévotion des dévotions, c'est de n'avoir point d'attache à aucune pratique ou exercice particulier de dévotion ; mais avoir un grand soin, dans tous vos exercices et actions, de vous donner au saint Esprit de Jésus, et de vous y donner avec humilité, confiance et détachement de toutes choses" (O.C. I, 452).

Que chaque participant, dans une célébration ou une prière, se donne à l'Esprit Saint et fasse l'offrande de soi-même à Dieu et à ses frères. L'animateur organise cette célébration, qui doit être festive, d'une manière créative et dynamique.

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