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NOTRE HISTOIRE par Jacques Custeau c.j.m. et André Samson, c.j.m. PRÉSENTATION Ce document se présente en deux volets. Le premier brosse à grands traits un tableau de l'histoire de la Congrégation des Eudistes en France, depuis la mort de son fondateur, saint Jean Eudes, en 1680, au généralat du père Ange Le Doré (1870-1919). Le second, couvrant la période 1890-1990, se limite à quelques jalons de la Province Eudiste nord-américaine.
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Trois supérieurs généraux dirigèrent la Congrégation au cours de la période 1680-1751.
Ces trois prêtres continuèrent, chacun à sa façon, l'oeuvre du fondateur. Monsieur Jacques Blouet de Camilly
Monsieur Guy de Fontaines de Neuilly
Monsieur Pierre Cousin
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Sous ces trois Généraux, les exercices des missions continuèrent avec succès; elles eurent lieu dans les diocèses de Coutances, d'Avranches, de Rennes, du Mans et de Dol. Quelques documents relatant les activités de ces missions nous sont parvenus; ainsi l'on sait que certaines d'entre elles furent prêchées à des soldats. On raconte que l'un d'entre eux, en garnison à Coutances, vint se confesser au Séminaire. Il édifia tellement son confesseur que ce dernier lui demanda de lui amener ses camarades; il paraît qu'il en vint jusqu'à 200! La formation des candidats eudistes Il ne semble pas que l'on se soit beaucoup préoccupé de placer nos candidats dans une maison spéciale; ils se formaient en compagnie de Jean Eudes et s'habilitaient, sous sa direction, à oeuvrer aux exercices des missions et des séminaires. Vers 1652, le père Eudes les confia à un maître des novices qui avait comme mandat de les former selon l'esprit de "Vie et Royaume de Jésus" et de veiller à ce qu'ils acquièrent une solide formation intellectuelle. Ils étaient logés, selon les circonstances, dans un séminaire ou dans un autre, tantôt à Caen, à Coutances ou à Valognes. On ne voit pas non plus beaucoup d'efforts pour intensifier le recrutement. Plusieurs incorporés étaient des prêtres déjà formés qui demandaient à la Congrégation un idéal de vie et un type d'engagement apostolique qui ne leur était pas offert dans le clergé diocésain. |
De 1751 à la Révolution française. Les supérieurs généraux Cinq supérieurs généraux se sont succédé au cours de cette période.
Vie et activités de la Congrégation sous ces supérieurs généraux Monsieur Jean Prosper Auvray de Saint André
Au cours du 18e siècle la situation change: de nombreux clercs cessent de fréquenter les université considérées dangereuses à cause de l'enseignement imprégné de jansénisme qu'on y diffusait. On voit alors naître chez les directeurs de séminaires eudistes un désir de spécialisation et, à compter de 1760, ils deviennent de véritables professeurs de théologie. La prédication des missions, pour sa part, devient elle aussi une spécialité. Sous le supériorat de Monsieur Auvray de Saint André, la Congrégation augmente son personnel de 74 à 94 membres. Messieurs Lefèvre, Le Coq et Dumont En 1769, Monsieur Michel Lefèvre devint le coadjuteur de Monsieur de Saint André, miné par la maladie. M. Lefèvre choisit Monsieur François Louis Hébert comme supérieur de la Maison des Tourettes de Paris et, avec lui, travailla à en faire un véritable séminaire et à développer sa vocation de maison d'accueil pour les ecclésiastiques qui séjournaient à Paris; les travaux d'agrandissement qui y furent réalisés permirent de loger une soixantaine de pensionnaires. Monsieur Lefèvre tenait à ce que les Eudistes acquièrent une bonne formation intellectuelle et spirituelle et défendait avec ténacité l'orthodoxie de la doctrine catholique. Monsieur Pierre Le Coq, homme modeste, ami de l'étude et auteur de nombreux ouvrages de théologie, lui succéda dans sa charge mais trois mois après son élection il fut frappé de paralysie et mourut en 1777. L'assemblée tenue cette même année élut Monsieur Pierre Dumont à la tête de la Congrégation; ce dernier, très estimé de ses confrères et des prélats, tomba à son tour malade en 1780 et se nomma un coadjuteur avec droit de succession en la personne de Monsieur François Louis Hébert, qui devint supérieur général en 1782. Malgré ces lourdes épreuves, les Eudistes poursuivaient l'oeuvre de leur fondateur. Monsieur François Louis Hébert
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À la veille de la Révolution française En 1790, notre Congrégation comptait 25 établissements répartis en 13 diocèses. 13 grands séminaires: Caen (1643), Coutances (1650), Lisieux (1653), Rouen (1658), Évreux (1667), Rennes (1670), Avranches (1683), Dol (1701), Senlis (1704), Domfront (1727), Valognes (1729), Blois (1744), Sées (1744). 3 petits séminaires: Rennes (1698), Caen (1760), Lisieux (1763). 4 collèges: Lisieux (1653), Avranches (1693), Domfront (1727), Valognes (1729). 3 cures (paroisses): Avranches (1693), Dol (1701), Senlis (1704). 2 résidences: Les Tourettes à Paris (1703), La Garlière (1743) La disparition de la Congrégation
Fermeture des maisons eudistes Le Petit Séminaire de Rennes ferme ses portes en janvier 1791. Le Séminaire de Senlis en mars suivant. En avril c'est le tour de ceux de Domfront, Évreux, Coutances et Blois; en mai, celui de Sées. Juin vit la fermeture des maisons de Rouen, Dol et Rennes. En avril 1792, le Séminaire d'Avranches disparaît; en mai, c'est celui de Caen. Lisieux tint jusqu'en août 1792 ainsi que la maison des Tourettes de Paris. Les Eudistes de Valognes durent quitter leur maison en octobre 1792 après avoir obtenu, semble-t-il, la permission de s'embarquer à destination de Jersey, île de l'archipel britannique, où ils trouvèrent refuge. Dispersion et Martyre des Eudistes Plusieurs Eudistes trouvèrent la mort et certains subirent le martyre dans la tourmente révolutionnaire; il s'agit des bienheureux François Louis Hébert, Claude Pottier, supérieur du Séminaire de Rouen, et François Lefranc, supérieur du Séminaire de Coutances, massacrés aux Carmes avec d'autres ecclésiastiques les 2 et 3 septembre 1792. En 1995 eut lieu la béatification de Monsieur Charles Ancel, mort sur le navire "Les deux associés", en rade à La Rochelle, alors qu'il subissait la déportation. Les "Fleurs" et "Les Annales" de la Congrégation nous racontent les péripéties de plusieurs de nos confrères qui, au milieu d'aventures incroyables ou tragiques, continuèrent d'accomplir leur ministère, à l'exemple de nombreux autres prêtres. D'autres Eudistes s'exilèrent en Angleterre, en Espagne ou en Allemagne. Le père Gabriel Le Courtois, pour sa part, émigra au Canada en juin 1794. L'Évêque de Québec lui confia d'abord quelques paroisses puis un très vaste territoire couvrant les côtes sud et nord du Saint-Laurent. Son corps repose dans l'église Saint-Laurent de l'Île d'Orléans, où il fut curé durant quelques années. La Restauration de la Congrégation et le généralat du père Charles-Toussaint Blanchard (1826-1830)
NOTE: Nous utiliserons désormais le titre de "père" devant le nom des Eudistes. Les documents emploient tantôt ce terme, tantôt celui de "monsieur". Il semble acquis qu'avant la Révolution on appelait un Eudiste "monsieur", tout comme l'Oratorien ou le Sulpicien, le terme de "père" étant réservé à Jean Eudes, le fondateur. À compter du supériorat du père Ange Le Doré (1870) le terme "père" est d'emploi courant. |
Le père Jérôme-Julien Louïs de la Morinière Supérieur général (1830-1849)
Supérieur général (1849-1870)
L'oeuvre du père Louis Gaudaire
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Le
généralat du père Ange Le Doré (1870-1919) Faisons un survol du généralat du père Le Doré en abordant brièvement cinq thèmes: les fondations, le recrutement et la formation des candidats eudistes, l'approbation des "Constitutions", l'introduction à Rome de la cause de saint Jean Eudes et la diffusion de ses ouvrages, les persécutions religieuses en France. Les fondations Voici un tableau des principales fondations qu'on lui doit.
Le recrutement et la formation Sous son généralat on constate une augmentation significative d'entrées; ainsi, dès 1876, la maison de La Roche du Theil ne suffit plus à loger tous les candidats et l'on achète la propriété Saint-Joseph de Kerlois, près de Hennebont, pour y transporter le noviciat et y dispenser les cours de philosophie. Le père Le Doré envoya aussi plusieurs jeunes poursuivre leurs études dans les universités romaines; ce mouvement s'intensifia à compter de 1895 avec l'établissement de la Procure de Rome qui leur servit de résidence. Au moment de la nomination du père Le Doré comme Général, la Congrégation comptait 85 prêtres et 25 séminaristes; à sa mort il y avait 270 prêtres.
Introduction de la cause de canonisation de saint Jean Eudes et diffusion de ses ouvrages A la fin du siècle dernier, Jean Eudes était peu connu, sauf évidemment par les membres de sa société, les religieuses de Notre-Dame-de-Charité du Bon-Pasteur d'Angers et de l'Institut de Notre-Dame-de-Charité. Le père Le Doré travailla à le faire mieux connaître et à diffuser sa doctrine. La décision d'introduire à Rome la cause de Jean Eudes en vue de sa canonisation fut prise à l'assemblée de 1866 et le père Le Doré en devint le postulateur. Il ne ménagea pas ses efforts pour la faire aboutir: recherche et compilation de ses écrits, rédaction de lettres postulatoires, réponses aux accusations de ses détracteurs qui le soupçonnaient de jansénisme et de gallicanisme. En décembre 1908 les procès se terminaient heureusement et le 25 avril suivant Jean Eudes était béatifié. Le père Le Doré eut aussi la joie de voir reprendre le procès en vue de la canonisation du fondateur qui eut lieu le 31 mai 1925, sous le généralat du père Albert Lucas, son successeur. Les ouvrages de Jean Eudes sont longtemps demeurés dans l'oubli. Sous les généralats précédents on en avait édité quelques-uns, dont La vie et le Royaume de Jésus dans les Âmes chrétiennes mais la publication de l'ensemble de son oeuvre n'avait jamais été envisagée. A compter de 1906 tout change: l'édition des Oeuvres complètes avec préfaces et notes explicatives paraît entre 1906 et 1909. Les persécutions religieuses en France De nombreuses lois et mesures menacèrent l'existence des Congrégations enseignantes françaises à compter de 1880: mesures financières d'exception, loi militaire de 1889, lois sur la liberté des associations et congrégations religieuses de 1901. Le père Le Doré crut de son devoir de prendre parti, souvent avec vigueur, pour la défense des droits de l'Église et des Congrégations, en dépit des positions adoptées par le Saint Siège qui, ne voulant rien brusquer, invitait au compromis. Au cours de cette période la Congrégation acquit une grande notoriété, due surtout à la personnalité de batailleur de son général qui suscitait la méfiance des autorités gouvernementales. Au début du vingtième siècle, la situation des Eudistes était devenue très aléatoire; plusieurs de nos oeuvres passèrent sous juridiction diocésaine, d'autres fermèrent leurs portes; le père Le Doré dut avouer à ses confrères qu'il n'avait plus de travail à leur confier et qu'il leur donnait toute liberté pour en chercher par leurs propres moyens. Ce fut la cause de nombreuses défections - entre 1903 et 1906 vingt-huit Eudistes sortirent de la Congrégation - et de l'exil de plusieurs autres en terre d'Amérique. Référence bibliographique: Lebesconte, François, c.j.m., Lettre circulaire, Paris, 8 février 1943 |